Une lecture pour temps troublés

Suggestion de Marie-France Hirigoyen, dans Le Monde

„Quand le vent forcit, que les temps sont durs, il faut tenir bon et garder son cap. C’est la sagesse des marins et aussi celle d’Epictète, que l’on peut retrouver dans le Manuel, transcription de son enseignement par son disciple Arrien. C’est un petit livre facile à lire, qui regroupe ses maximes ou bien ses commentaires à ­partir d’exemples tirés de la vie quotidienne.

La philosophie d’Epictète est avant tout pratique et simple. Parfois cette simplicité fait sens et nous aide à avancer. La base de sa pensée est la nécessité de n’attacher d’importance qu’à ce qui dépend de nous, c’est-à-dire nos opinions, désirs, pensées. Vouloir changer ce qui ne dépend pas de nous, c’est-à-dire notre corps, la ­richesse, la célébrité, le pouvoir, ne peut que nous rendre ­malheureux.

Nous devons accepter notre ­impuissance sur ces choses et agir au mieux dans des domaines qui dépendent de nous. En tant que psychothérapeute, je reçois tous les jours des personnes en ­souffrance, voire en grande souffrance.

A celles qui peinent à accepter un deuil, une séparation, une maladie, qui refusent la réalité de la perte et se figent dans la plainte, il m’arrive de citerEpictète : « Il faut accepter ce qu’on ne peut pas changer. »

Face aux coups du destin, l’individu moderne rechigne souvent à se remettre en question. Il est tellement plus facile de mettre ses difficultés sur le compte des autres plutôt que d’analyser ce qui pose problème et d’agir. ­Notre monde ne différencie plus souffrance et injustice. Cela amène la multiplication des discours de plainte, une demande accrue de sécurité et l’émergence d’une société contentieuse. Epictète nous ramène à notre responsabilité : « Lorsque nous sommes contrariés, troublés ou tristes, n’en accusons pas d’autres que nous-mêmes. C’est le fait d’un ignorant d’accuser les autres de ses propres échecs ; celui qui a commencé de s’instruire s’en accuse soi-même ; celui qui est instruit n’en accuse ni autrui ni soi-même. »

Epictète ne nous propose pas un bonheur facile qui serait un déni de l’insécurité du monde. Il nous encourage à une résistance active contre les obstacles qui se dressent devant nous : « Face à l’adversité, il faut avoir l’attitude d’un bon joueur d’échecs, c’est-à-dire le courage de jouer et de vaincre. Et si on perd la partie ? Perdre fait aussi partie de la nature des choses. » Cela nous sort de notre illusion de toute-puissance et nous apprend que tout ne dépend pas de nous.”

Marie-France Hirigoyen est psychiatre et ­psychothérapeute. Elle a signé, notamment, « Le Harcèlement moral. La violence perverse au quotidien » (La Découverte/Syros, 1998) et « Abus de faiblesse et autres manipulations » (JC Lattès, 2012).

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