Buber, 3

Que l’attitude envers le monde relève du Je-Tu ou du Je-cela dépend non pas de la nature de l’objet, mais du rapport que le sujet établit avec cet objet. L’être humain ne peut être transfiguré et accéder à la vie authentique que s’il entre dans la relation Je-Tu, confirmant ainsi « l’altérité de l’autre ». A la différence de ce qui se passe dans la sphère du Je-cela, la relation Je-Tu exige un engagement total : « La parole première Je-Tu ne peut être dite qu’avec l’être tout entier, alors que la parole première Je-cela ne peut jamais être dite avec l’être tout entier ».

Au coeur du dialogue figure la rencontre entre deux êtres souverains dont aucun ne cherche à impressionner l’autre ni à l’utiliser. Selon Buber, l’homme peut vivre sans dialogue mais qui n’a jamais rencontré un Tu n’est pas véritablement un être humain. Cependant, celui qui pénètre dans l’univers du dialogue prend un risque considérable puisque la relation Je-Tu exige une ouverture totale du Je, qui s’expose ainsi à
un refus et à un rejet total.

La réalité subjective Je-Tu s’enracine dans le dialogue, tandis que le rapport instrumental Je-cela s’ancre dans le monologue, qui transforme le monde et l’être humain en objet.
Dans l’ordre du monologue, l’autre est réifié — il est perçu et utilisé — alors que dans
l’ordre du dialogue, il est rencontré, reconnu et nommé comme être singulier. Pour qualifier le monologue, Buber parle d’Erfahrung (une expérience « superficielle » des attributs extérieurs de l’autre) ou d’Erlebnis (une expérience intérieure insignifiante), qu’il oppose à Beziehung — la relation authentique qui intervient entre deux êtres humains.

Buber récuse à la fois l’approche totalement individualiste, où le sujet perçoit l’autre
uniquement par rapport à lui-même, et la perspective collective, qui occulte l’individu et ne voit que la société. Pour lui, une personne ne peut vivre au sens plein du terme que dans la sphère interhumaine : « Sur la crête étroite où le Je et le Tu se rencontrent, dans la zone intermédiaire ».

L’accès à cette « zone intermédiaire » de Buber ne doit pas être conçu comme une communication banale ni comme une occurrence subjective, mais comme une réalité existentielle — un événement ontique qui se produit réellement entre deux êtres humains.

Le texte est tiré de „Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée”
(Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol. XXIII, n° 1-2, 1993,
p. 135-147.

MARTIN BUBER (1878-1965)
par Kalman Yaron

 

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