Buber, 6: L’éducateur exemplaire et l’enfant

Une des principales interrogations auxquelles Buber s’est efforcé de répondre est celle de la finalité de l’éducation. Pour lui, l’éducateur exemplaire est à l’image du chef religieux hassidique — le Tzaddik, « qui fait tout ce qu’il a à faire comme il convient et dont l’enseignement principal réside en ceci qu’il permet à ses élèves de participer à sa vie et, ce faisant, de s’initier au secret de son activité ».

L’étroite interaction entre l’artisan et son apprenti, au moyen âge, offre également pour Buber un modèle classique de l’influence exercée dans toutes les sphères de l’existence par l’éducateur d’autrefois, personnage aujourd’hui disparu. Il relève que c’est seulement à l’époque où existaient des figures représentatives — le Chrétien, le Gentilhomme, le Citoyen, l’Exégète des textes bibliques ou le Hassid — qu’on pouvait répondre à la question fondamentale de la finalité de l’éducation.

Buber définit l’éducation comme « la sélection par un être du monde affectif ». C’est à
l’évidence la fonction que remplit l’éducateur dont le rôle consiste à mettre de l’ordre dans les réalités chaotiques qui s’imposent à l’âme de l’enfant. L’éducateur peut donc être décrit comme un « filtre », auquel il incombe de faire le tri des divers messages transmis par l’environnement.

Cette noble tâche ne peut être menée à bien que si l’éducateur est présent en personne pour rencontrer l’élève, lui permettre de s’exprimer et le former à travers le dialogue. Cette manière de voir, qui assigne à l’enseignant le rôle de « sélecteur » s’oppose à la fois à la « vieille » représentation du maître — personnage qui (à la manière d’un « entonnoir ») accepte passivement la tradition et la déverse sur les élèves — et à la « nouvelle » conception de l’éducation — qui, telle une « pompe » extrairait les forces latentes de l’être.

Quand toutes les autres démarches échouent, s’ouvre alors la vraie voie de l’homme —
celle qui mène à l’esprit créateur de Dieu. Buber est convaincu que l’homme ne peut garder l’image de Dieu qu’en marchant dans ses traces — par l’Imitatio Dei (l’imitation de Dieu). Dans notre monde de confusion et de malaise, la seule voie qui reste à l’être humain est celle de l’attachement aux attributs du Dieu caché mais non inconnu, que décrit la Bible hébraïque : « Le Seigneur est miséricordieux et bienveillant, il est plein de patience et sa grandeur abonde » (Ex. 44, 6).

A la différence du chrétien, qui est en mesure d’imiter la vie de Jésus, le Juif est confronté à la nécessité paradoxale d’imiter un Dieu sans image dans son effort pour préserver la parcelle de divin que Dieu lui a confiée. Dans le dernier chapitre de son essai sur l’éducation, Buber écrit : « L’homme, la créature, qui forme et transforme la Création, ne peut pas créer lui-même ; mais il peut s’exposer et exposer autrui à l’esprit créateur. Et il peut requérir le Créateur de sauver et parfaire son image ».

Le texte est tiré de „Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée”
(Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol. XXIII, n° 1-2, 1993,
p. 135-147. Article écrit par Kalman Yaron

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