D’une conférence sur le deuil (1)

LE DEUIL, SON DÉROULEMENT ET SA RÉSOLUTION

 Conférence donnée lors de la 3ème Université d’été de la relation d’aide chrétienne

24 août 2010 à Lyon-Valpré

par Jean Monbourquette et Isabelle d’Aspremont Lynden

 Isabelle D’Aspremont Lynden: Conseillère en relation d’aide, elle anime des sessions de croissance sur les thèmes du deuil, de l’ombre, du pardon, de la mission, de l’estime de soi, en Europe et au Canada. Elle est co-auteur de Stratégies pour développer l’estime de soi et l’estime du Soi.

 Jean Monbourquette : Professeur à l’Institut de pastorale de l’Université Saint-Paul à Ottawa. Licence en théologie, Maîtrise en philosophie, Maîtrise en sciences de l’éducation (Université d’Ottawa), Maîtrise en psychologie clinique (Université de San Francisco) et Doctorat en psychologie (International College de Los Angeles). Il a notamment écrit : Grandir : aimer, perdre et grandirDe l’estime de soi à l’estime du Soi : de la psychologie à la spiritualitéDemander pardon sans s’humilier.

 Introduction

 « Faire son deuil » signifie « faire son temps de douleur », le terme deuil signifiant « douleur » en ancien français. Aussi, le deuil n’évoque pas un état permanent mais bien un état temporaire, un passage obligé, dès lors transitoire. Il doit nécessairement déboucher sur une nouvelle façon de vivre sa vie. Bref, le deuil s’avère être une petite mort passagère et symbolique, le temps de refaire de nouveaux liens avec l’aimé disparu.

 L’attachement et le deuil

 Il existe deux formes majeures d’attachement à une personne : l’attachement par amitié et l’attachement par fusion. Cependant, pour bien les distinguer, il est important de connaître le sens de chacune de ces deux formes.

 L’attachement sous forme d’amitié

 L’attachement par amitié repose sur la base d’intérêts communs, de valeurs semblables, d’aspirations et d’une même vision du monde. Bref, c’est l’attachement de deux ou plusieurs individus autonomes qui se décident à former une union par liens d’amitié.

 L’attachement sous forme de fusion

Par contre, l’attachement par fusion s’appuie sur des projections mutuelles. Les personnes qui s’attachent par fusion se complètent et vivent par dépendance mutuelle. Exemple : La fusion affective et passionnelle entre amoureux se réalise grâce à des projections de l’une sur l’autre. L’un et l’autre vivent en symbiose, c’est-à-dire à même les qualités découvertes chez l’autre. Ils trouvent leur épanouissement l’un dans l’autre et ils ont tendance à s’identifier l’un à l’autre et à avoir l’impression d’être « deux dans une seule chair ». Certes, la mort ou la séparation de l’un d’eux représentera une grave perte pour l’autre.

 Celui qui a beaucoup investi son énergie en termes de temps, d’amour, de soucis, de rêves et d’espoir au point de vouloir lui ressembler est à même d’avoir le sentiment de vivre à travers son cher disparu. Il n’est pas étonnant que le survivant désire le suivre dans la mort.

 Par conséquent, il sera impossible de faire l’économie d’un deuil sans avoir à subir des effets néfastes comme l’isolement, l’ennui, la perte d’enthousiasme et, parfois, la dépression suivie d’un suicide.

 La perte d’une activité, d’un animal et d’un objet précieux

 Le deuil ne se limite pas à la perte d’une personne aimée. Lors de remue-ménage majeurs, il s’impose à toute personne qui s’est investie dans un emploi qu’elle aime bien, dans l’affection d’un animal de compagnie ou dans des choses précieuses à ses yeux. Cela prend tout son sens quand il y a, par exemple : la perte d’un emploi où l’on avait œuvré durant plusieurs années, la perte d’une activité sportive à cause d’un accident, l’abandon de son pays par un immigrant, la mort d’un chien fidèle ou la disparition d’un objet précieux qui a acquis de l’importance pour soi.

 Le propre de l’être humain est de valoriser ses activités comme le travail et le sport, ses animaux de compagnie ainsi que d’autres objets qui ont pour lui des valeurs sentimentales. On attribue à tous ces êtres perdus des significations personnelles comme si on les avait « incorporés » à soi-même.

 La gravité du deuil

 Pour bien accompagner quelqu’un dans son deuil, le thérapeute aura à comprendre la nature du deuil qui affecte la personne pour pouvoir, par la suite, en évaluer la gravité. D’abord, il aura à bien cibler l’objet du deuil : qui ou quoi a-t-il perdu, à savoir un mari, un de ses proches, un emploi, un bras, un animal de compagnie, un objet tel un meuble ancien, etc.

 Ensuite, l’accompagnateur interrogera le deuilleur sur l’importance subjective qu’il accordait à ce qu’il a perdu. À cette fin, il peut se servir d’une ou l’autre des questions suivantes :

  Que représentait pour toi l’être aimé? »

 « Que lui as-tu sacrifié en l’aimant (en termes de temps, de soin, d’énergie, de rêves, de projets…)? »

 « Quelle importance lui as-tu accordée dans ta vie? »

 À mesure que les réponses émergeront peu à peu à la conscience de l’endeuillé, elles lui permettront de mesurer jusqu’à quel point il s’était épris de l’être cher. Du même coup, il pourra se rendre compte de l’étendue de sa perte et du degré de gravité de son deuil.

 La perte de l’être aimé occasionne d’autres pertes. Elles paraissent moins importantes que celle de la personne elle-même. Les pertes dites secondaires ont parfois plus de poids que la perte de la personne ou de l’objet perdu.

 Voici le cas d’une femme qui avait perdu son conjoint. Du même coup, elle avait perdu les rôles que jouait son mari à savoir un confident, un compagnon pour l’éducation des enfants, un pourvoyeur, un amoureux, un gérant d’affaires, un protecteur, etc. Toutes ces facettes de la relation sont aussi des facettes de son deuil.

 Or il arrive souvent, dans ce type de situation, que les pertes conséquentes revêtent pour la personne endeuillée une importance plus grande que la perte de la personne elle-même. Alors, j’ai demandé à ma cliente ce que son époux représentait pour elle. Elle me répondit entre deux sanglots : « Mon mari était toute ma sécurité et ma protection dans la vie ». Certes, cette femme pleurait un époux, mais elle perdait surtout un protecteur. La peine qu’elle éprouvait découlait surtout du fait de se voir maintenant seule, vulnérable et presque abandonnée.

à suivre

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