Sur le deuil (4 et fin)

 

D’un papier co-écrit par Jean Montbourquette et Isabelle Asprem

La prise en charge des tâches reliées au deuil

 Une fois que le travail émotionnel du deuil aura bien progressé, il restera à accomplir des tâches concrètes conséquentes au deuil. Quelles sont-elles? Il s’agira de réaliser les promesses faites au défunt ; exécuter les rituels funéraires prescrits par la coutume ; ranger les photos du défunt dans un album ; se défaire de ses vêtements et de ses objets personnels ; garder un ou deux souvenirs en mémoire du disparu, etc. Ces gestes d’apparence insignifiante contribueront beaucoup à accélérer le travail du deuil. Car, en les posant, l’endeuillé démontrera à lui-même et aux proches qu’il est bien engagé dans l’acceptation de la mort de l’être cher.

 Découverte du sens de sa perte

 L’expression des sentiments et des émotions et l’exécution des tâches concrètes conséquentes au deuil permettent à l’endeuillé de prendre peu à peu ses distances vis-à-vis du décès. Le deuilleur n’est plus tout absorbé dans le monde de ses émotions ; il aura commencé à mettre sa perte en perspective. Le temps sera venu pour lui de se demander quel sens pourra prendre sa perte affective et comment il poursuivra sa vie à l’avenir. Au lieu de rester dans un état d’âme de désolation, il en profitera pour mieux se connaître et pour puiser dans ses ressources personnelles. Il exploitera davantage ses forces en l’absence de l’être aimé.

 Enfin, il en viendra à reconnaître qu’à la suite de son malheur, il aura mûri et aura trouvé de nouveaux sens dans sa vie. Alors, le temps est venu de réfléchir sur le sens spirituel de son existence et de sa perte en se posant les questions suivantes :

 – Qu’est-ce que j’ai appris sur ma vie en l’absence de l’être cher?

– Quel sens prendra ma vie après la mort de la personne aimée?

 – Y a-t-il une vie après la mort? On se posera alors la question de l’au-delà : soit la résurrection, soit la réincarnation, soit le néant.

 – Après ma mort, existe-t-il un ciel ou un lieu de rencontre permettant de revoir tous les parents et les proches disparus?

 – Pourquoi un Dieu si bon est-il venu chercher mon fils? La colère contre un dieu sadique ne serait-elle pas de mise?

 – La résurrection des corps aura-t-elle lieu immédiatement après la mort ou seulement à la fin des temps?   – etc.

 Beaucoup de psychologues et de thérapeutes du deuil laissent tomber ce questionnement sur le sens, croyant faussement que le deuil se termine à la fin de l’étape des émotions. Le cas suivant pourrait les convaincre du contraire. J’avais une cliente, une femme qui avait perdu son bébé de huit mois. Elle était inconsolable et pleurait à en faire pitié. Après lui avoir fait raconter l’histoire de la mort de son bébé plusieurs fois, en désespoir de cause, je lui ai demandé : « Est-ce que la mort de ton bébé a pris, prend ou prendra un sens pour toi? » Elle me répondit : « Tu veux mettre Dieu dans ma détresse? Moi, je ne suis pas croyante. » Je lui ai fait la remarque suivante : « C’est toi qui as commencé à parler de Dieu, pas moi ! »

 À la session suivante, elle me dit qu’elle avait réfléchi à la question stupide que je lui avais posée à la dernière rencontre. Et voici sa réponse : « J’ai une grande amie qui est décédée l’an passé. Or son grand désappointement dans la vie était qu’elle n’avait pas eu d’enfant. Elle est sûrement au ciel mais seule. Je voudrais lui confier mon bébé pour qu’elle en prenne soin. Quant à moi, étant assurée de son amour pour les enfants, je ne m’inquiéterai plus de mon enfant. Jusqu’à maintenant, je couchais avec ses cendres près de mon lit. Je suis prête à les faire enterrer au cimetière. » Sa réponse à ma question sur le sens de la mort de son enfant l’avait réconfortée au point qu’elle avait cessé de pleurer.

 L’échange de pardons

 À l’expérience, j’ai pu constater la nécessité de pardonner pour achever le processus de deuil. L’endeuillé qui sera parvenu à accorder son pardon au défunt pour ses fautes et surtout pour son départ, se libérera des restes de la colère que le départ de l’être cher aura provoquée en lui.

 Par contre, en demandant pardon au défunt pour ses propres faiblesses et ses manques d’amour, l’endeuillé réduira d’autant l’intensité de son sentiment de culpabilité. L’échange de pardons qu’il effectuera avec son cher disparu lui apportera une grande paix. Grâce à la réconciliation, il se sentira en paix avec lui-même et se trouvera disposé à accueillir son héritage.

 La prise de possession de son héritage

 L’héritage spirituel consiste à se réapproprier tout l’amour et les rêves dont l’être aimé aura été l’objet. Autrement dit, l’héritage consiste à reprendre à son propre compte ce qu’il avait admiré et aimé chez l’autre au moment de l’amour-fusion. L’endeuillé a le pouvoir d’incorporer dans sa vie les qualités et les talents appréciés chez le cher disparu, à condition, bien entendu, d’avoir consenti à le laisser partir. En vue d’aider les endeuillés à recevoir leur héritage spirituel, j’ai conçu un rituel dont la description se trouve dans mon volume Aimer, perdre et grandir.

 À l’aide de ce rituel, il devient possible d’évaluer tous les apprentissages acquis en présence de l’être aimé et de s’autoriser à les actualiser pour soi. Grâce à l’héritage, on se trouvera gratifié et habité par une nouvelle forme de présence du cher disparu.

 

Déclaration officielle de la fin du deuil

 Le rituel de l’héritage se termine d’ordinaire par la déclaration officielle de la fin du deuil. Dans le passé, on avait des signes distinctifs pour marquer l’évolution du deuil et pour signifier la fin de celui-ci. Dans la société actuelle, on ne sait plus trop à quel moment le deuil est terminé. Il y a nécessité que sa fin soit honorée d’une sanction sociale. J’ai pu observer l’immense soulagement qu’éprouvent les endeuillés à se faire dire par le meneur du groupe de deuil ou par une personne importante : « Avec la prise de possession de votre héritage spirituel, considérez que votre deuil est bel et bien terminé ».

 Voici ma vision du deuil, de son déroulement et de sa résolution. Pour terminer, permettez-moi de vous affirmer que le deuil n’a rien à voir avec une maladie chronique, comme d’aucuns le prétendent, mais c’est un passage obligé temporaire. Il ne dure qu’un temps, le temps de “faire son deuil”.

 

Auteurs: Monbourquette/Asprem

 

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