De la foi comme contemplation, selon un mystique rhenan

De l’étonnante jeunesse de notre âme

Nous lisons dans l’Évangile que messire saint Luc parle d’un jeune homme qui était mort. Notre-Seigneur  vint  à  passer, s’approcha, eut pitié  de lui,  le  toucha et  dit :

« Jeune homme, je te dis et je t’ordonne, lève-toi ! »

Sachez que Dieu est pleinement dans tous les hommes de bien. Il y a dans l’âme un quelque chose où Dieu vit dans l’âme, et il y a dans l’âme un quelque chose où l’âme vit en Dieu. 

Mais si l’âme se détourne de ce qui est en elle et se tourne vers les choses extérieures, elle meurt et Dieu meurt à l’âme. Cela ne veut pas dire du tout que Dieu meure en Lui-même; il reste tout aussi vivant en Lui-même. Si l’âme se sépare du corps, le corps est mort, et l’âme en elle-même reste vivante ; Dieu peut tout aussi bien être mort à l’âme, mais rester vivant en Lui-même. 

Or, sachez-le, il est dans l’âme une puissance plus vaste que le vaste ciel qui est pourtant incompréhensiblement vaste, tellement vaste qu’on ne peut l’exprimer ; et cette puissance est précisément bien plus vaste encore !

Eh bien ! écoutez-moi très attentivement ! Dans cette noble puissance, le Père céleste dit à son Fils unique : « Jeune homme, lève-toi ! » Si grande est l’union entre Dieu et l’âme que cela paraît incroyable, car Dieu est en Lui-même tellement au-dessus de tout qu’aucune connaissance ni aucun désir ne peut parvenir jusque-là. 

Le désir atteint plus loin que tout ce que l’on peut saisir par la connaissance. Il est plus vaste que tous les cieux, même que tous les anges ; et pourtant une petite étincelle de l’ange donne vie à tout ce qui est sur la terre ! Le désir est vaste, vaste au-delà de toute mesure. Mais tout ce que la compréhension peut saisir, tout ce que nos désirs peuvent désirer, ce n’est pas Dieu. Là où finissent la compréhension et le désir, là où les ténèbres se font, là commence la lumière de Dieu.

Toutes choses par-delà ici et maintenant. « Maintenant », cela veut dire le temps, et « ici », c’est l’espace, le lieu où je me trouve maintenant Si donc j’étais sorti de moi-même et entièrement libre de tout, ah ! le Père engendrerait immédiatement dans mon esprit son Fils unique et si purement que mon esprit pourrait l’engendrer en retour. Oui, en bonne vérité, si mon âme était aussi prêté que l’âme de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père opérerait tout aussi purement en moi que dans son Fils unique, et pas moins ; car II m’aime du même amour dont II s’aime Lui-même.

Saint Jean a dit : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu. » Eh bien ! Pour qu’un homme entende cette parole dans le Père, en qui tout est tranquille, il faut qu’il devienne lui-même absolument tranquille et se détache de toute image et même de toute forme. Il faut qu’il s’unisse à Dieu si fidèlement que le monde entier ne puisse lui causer ni plaisir, ni peine. Il doit prendre toutes choses en Dieu, telles qu’elles sont en Dieu.

Nous prions Notre-Seigneur bien-aimé de devenir Un et d’habiter à l’intérieur et que Dieu nous aide à atteindre ledit fond ! Amen.

Par Maître Eckhart

Dominicain allemand. Théologien et philosophe, il enseigna à Paris et à Cologne. Son œuvre, à l’origine du courant mystique rhénan, se propose d’élever le théologique au rang d’une sagesse véritable.

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