Un Moine… Prière de Jésus (3)

3. LES PREMIERS PAS : ADORATION ET SALUT

Il y a des degrés dans la ” prière de Jésus „. Elle s’approfondit et se dilate selon que nous découvrons dans le nom un contenu nouveau. Elle doit débuter comme adoration et sentiment de présence. Puis cette présence est éprouvée comme celle d’un Sauveur (car tel est le sens du mot ” Jésus „). L’invocation du nom est un mystère de salut en tant qu’il apporte une délivrance. Prononçant le nom, nous recevons déjà ce dont nous avons besoin. Nous le recevons dès maintenant en Jésus qui est, non seulement le donateur, mais le don ; non seulement le purificateur, mais toute pureté ; non seulement le nourricier des affamés et celui qui désaltère les assoiffés, mais la nourriture et le breuvage. Il est la substance de toutes choses bonnes (si nous ne prenons pas ce terme dans un sens rigoureusement métaphysique).

Son nom rend la paix à ceux qui sont tentés : au lieu de discuter avec la tentation, au lieu de considérer la tempête qui fait rage (ce fut, sur le lac, le tort de Pierre après son bon commencement), pourquoi ne pas regarder à Jésus seul et aller vers lui en marchant sur les flots, prenant refuge dans son nom ? Que l’homme tenté se recueille doucement et prononce le nom sans anxiété, sans fièvre, et que de ce nom il emplisse son cœur et fasse un barrage contre les vents mauvais. Et, si un péché a été commis, que le nom serve de réconciliation immédiate. Sans hésitations, sans retard, qu’il soit prononcé avec repentance, avec charité parfaite, et il deviendra aussitôt un signe de pardon ; et Jésus reprendra tout naturellement sa place dans la vie du pécheur, de même que, ressuscité, il revint s’asseoir si simplement à la table où les disciples qui l’avaient délaissé lui présentaient du poisson et du miel. Il ne s’agit évidemment pas de rejeter ou de sous-estimer les moyens objectifs de pénitence et l’absolution que l’Église offre au pécheur : nous ne parlons ici que de ce qui se passe dans le secret de l’âme.

4. INCARNATION

Le nom de Jésus est plus qu’un mystère de salut, plus qu’un secours dans les besoins, plus qu’un pardon après le péché. Il est un moyen par lequel nous pouvons nous appliquer à nous-mêmes le mystère de l’Incarnation. Au-delà de la présence, il apporte l’union. En prononçant le nom, nous intronisons Jésus dans nos cœurs, nous revêtons le Christ ; nous offrons notre chair à la Parole pour qu’elle l’assume dans son Corps mystique ; nous faisons déborder jusque dans nos membres soumis à la loi du péché la réalité intérieure et la force du mot ” Jésus „. Nous sommes ainsi rendus purs et consacrés. Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras (Ct 8,6). Ce n’est pas seulement une approche personnelle du mystère de l’Incarnation que nous procure l’invocation du nom de Jésus. Par cette prière nous entrevoyons la plénitude de celui qui remplit tout en tous (Ép 1,23).

5. TRANSFIGURATION

Le nom de Jésus est un instrument, une méthode de transfiguration. Prononcé par nous, il nous aide à transfigurer (sans aucune confusion panthéiste) le monde entier en Jésus Christ. Cela est vrai de la nature inanimée elle-même. L’univers matériel, qui n’est pas seulement le symbole visible de l’invisible beauté divine, mais qui s’efforce en gémissant vers le Christ et dont un mouvement mystérieux élève tout le devenir vers le Pain et le Vin du salut, cet univers murmure secrètement le nom de Jésus : …les pierres elles-mêmes crieront… (Lc 19,40), et il appartient au ministère sacerdotal de chaque chrétien d’exprimer cette aspiration, de prononcer le nom de Jésus sur les éléments de la nature, les pierres et les arbres, les fleurs et les fruits, la montagne et la mer, de donner son accomplissement au secret des choses, d’apporter la réponse à cette longue, muette et inconsciente attente.

Nous pouvons aussi transfigurer le monde animal. Jésus proclama qu’aucun passereau n’est oublié du Père et qui séjourna dans le désert avec les animaux (Mc 1,13), n’a pas laissé les bêtes hors de sa bonté et de son influence. Comme Adam dans le paradis nous avons à donner un nom à tous les animaux ; quel que soit le nom que la science leur donne, nous invoquerons sur chacun d’eux le nom de Jésus, leur rendant ainsi leur dignité primitive que si souvent nous oublions et rappelant qu’ils sont créés et aimés par le Père en Jésus et pour Jésus.

Mais c’est surtout par rapport aux hommes que le nom de Jésus nous aide à exercer un ministère de transfiguration. Jésus, qui, après la Résurrection, voulut plusieurs fois apparaître aux siens sous une autre forme (Mc 16,12) – le voyageur inconnu sur la route d’Emmaüs, le jardinier près de la tombe, l’étranger debout sur la rive du lac – continue à nous rencontrer, voilé, dans notre vie quotidienne et à nous confronter avec cet aspect si important de sa présence : sa présence en l’homme. Ce que nous faisons au moindre d’entre nos frères, c’est à lui que nous le faisons. C’est sous les traits des hommes et des femmes que nous pouvons, par les yeux de la foi et de l’amour, voir la face du Seigneur ; c’est en nous penchant vers la détresse des pauvres, des malades, des pécheurs, de tous les hommes, que nous pouvons poser notre doigt sur la marque des clous, plonger notre main dans le côté percé, acquérir la conviction personnelle de la Résurrection et de la présence réelle (sans confusion d’essence) de Jésus Christ dans son corps mystique, et dire avec Thomas : Mon Seigneur et mon Dieu ! (Jn 20,28). Or le nom de Jésus est un moyen concret et puissant de transfigurer les hommes en leur plus profonde et divine réalité. Ces hommes et ces femmes que nous croisons dans la rue, l’usine, le bureau, et ceux-là surtout qui nous semblent irritants et antipathiques, allons vers eux avec le nom de Jésus dans notre cœur et sur nos lèvres ; prononçons silencieusement sur eux ce nom (qui est leur vrai nom) ; nommons-les de ce nom dans un esprit d’adoration et de service.

Consacrons-nous à eux d’une manière pratique, si c’est possible, ou tout au moins par une aspiration intérieure, et c’est à Jésus Christ qu’en eux nous nous consacrons ; par la reconnaissance et l’adoration silencieuse de Jésus emprisonné dans le pécheur, dans le criminel, dans la prostituée, nous délivrons d’une certaine manière et ces pauvres geôliers et notre Maître. si nous voyons Jésus en chaque homme, si nous disons ” Jésus ” sur chaque homme, nous irons par le monde avec une vision nouvelle et avec un don nouveau de notre propre cœur. Nous pouvons ainsi (autant qu’il est en nous) transformer le monde et faire nôtre la parole de Jacob à son frère J’ai vu ta face, et c’est comme si j’avais vu la face de Dieu (Gn 33,10).

Un Moine de l’Eglise d’Orient

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