Jordan Peterson pour les nuls

Romain Treffel

L’histoire de son bestseller international 12 règles pour une vie a commencé en 2012 sur le forum Quora. Jordan Peterson a répondu à la question « Quelles sont les choses les plus importantes que tout le monde devrait savoir ? », et son post est devenu un des plus populaires du site avec plus de 120 000 lectures et 23 000 votes positifs.

Lorsqu’une agent littéraire le contacte la même année, il lui donne donc sa liste des choses les plus importantes publiée sur Quora.

Règle 1 : Tenez-vous droit, les épaules en arrière

On en apprend beaucoup sur l’homme en étudiant… le homard[1] (lobster en anglais).

Alors que le crustacé existe depuis 350 millions d’années, explique Jordan Peterson, certaines caractéristiques sont communes à sa structure neuronale, pourtant relativement simple, et à celle de l’homme. En particulier, son système nerveux est capable de traiter des informations relatives au statut de l’individu dans le groupe.

Le homard est obsédé par sa position dans la hiérarchie.

Cette position tient principalement à la qualité de son territoire, qui est un facteur primordial de sa survie. Si la concurrence pour cette ressource engendre naturellement des conflits, les individus font en sorte d’éviter que l’affrontement dégénère (ils n’y ont pas intérêt).

Lorsque deux homards en quête d’un abri protecteur se rencontrent, ils initient un rituel de dissuasion : chacun projette vers le rival un liquide qui lui indique son état de forme, et donc sa dangerosité. La résolution du conflit peut ensuite survenir à 4 niveaux : 1° un abandon précoce ; 2° une parade de précombat persuade l’un des deux protagonistes de fuir ; 3° un vrai combat distingue un vainqueur et un perdant ; 4° un des deux homards est handicapé par de graves blessures.

Pour Jordan Peterson, le phénomène crucial est l’effet psychologique de la défaite :

Après une défaite, et quel que soit son degré d’agressivité, le homard ne sera plus disposé à se battre, même contre un adversaire qu’il a déjà vaincu. Le perdant perd confiance, parfois des jours durant.

Le perdant n’est plus le même sur le plan neurochimique. Son cerveau mute pour s’adapter à sa rétrogradation dans la hiérarchie sociale : la quantité de sérotonine, le neurotransmetteur associé au bonheur, diminue ; et inversement, la quantité d’octopamine augmente. En conséquence, son attitude change : il a moins confiance en lui ; il doute et il est craintif. C’est un cercle vicieux qui s’enclenche, car chaque défaite renouvelle l’effet – inversement, chaque victoire engendre l’effet inverse, si bien que, sur le plan chimique, le vainqueur et le perdant n’ont plus le même cerveau.

Jordan Peterson compare cette dynamique aux incidences psychologiques de la concurrence dans les sociétés humaines. D’ailleurs, fait-il remarquer, il suffit de donner du Prozac aux homards pour leur remonter le moral (lol).

Chez l’homme, la répartition des ressources obéit à la loi de Pareto[2] (ou « principe des 80-20 »), selon laquelle une minorité de facteurs (ici, les individus) sont à l’origine de la majorité des effets (ici, l’accaparement des richesses). La répartition suivrait plus précisément la loi de Price : ce physicien britannique a constaté empiriquement dans le domaine des publications universitaires que la racine carrée du nombre de personnes impliquées effectuent systématiquement la moitié du travail (par exemple, 3 personnes dans une équipe de 9, ou encore 5 dans une équipe de 25).

Or, il existe la même inégalité chez le homard :

Une fois la leçon apprise, leur hiérarchie est extrêmement stable. Après une victoire, il suffit au vainqueur de remuer ses antennes de façon menaçante pour faire fuir ses précédents adversaires dans un nuage de sable. Les homards les plus faibles finiront par renoncer, préférant accepter leur statut plutôt que de sortir blessés d’un combat. En revanche, le homard dominant occupe le meilleur abri, dort mieux, savoure les meilleurs repas et fait étalage de son autorité sur l’ensemble de son territoire, expulsant ses subordonnés de leurs abris en pleine nuit dans l’unique but de leur rappeler qui est le patron.

Avec sa posture droite et assurée, le homard dominant jouit aussi d’un privilège sexuel : à lui les femelles, qui tentent de le séduire les unes après les autres. Chez les chimpanzés, en revanche, la force physique ne suffit pas ; la domination ne peut être durable sans une composante politique. Elle est entretenue par des coalitions avec mâles de moindre statut et par le souci du bien-être du groupe.

Cette différence entre la hiérarchie des homards et celle des chimpanzés découle du caractère dynamique de la nature. La nature, explique Jordan Peterson en se référant au yin et au yang des taoïstes, est à la fois statique et dynamique, car l’environnement responsable de la sélection naturelle se transforme. D’un côté, les caractéristiques adaptées à la survie évoluent perpétuellement ; de l’autre, un ordre immuable, le caractère statique de la nature, demeure, ainsi que l’illustre l’omniprésence de la hiérarchie de domination.

La double « nature » de la nature, statique et dynamique, signifie que l’opposition entre la nature et la culture est une illusion. D’une part, la nature au sens traditionnel est de la culture sélectionnée (de nouvelles caractéristiques de l’environnement qui perdurent) ; d’autre part, la culture est de la nature potentielle en devenir. En réalité, la nature est le processus de sélection lui-même.

Elle a donc sélectionné toute propriété durable de l’existence, comme la hiérarchie de domination :

Plus une caractéristique existe depuis longtemps, plus elle a eu le temps d’être sélectionnée pour façonner la vie. Peu importe que cette caractéristique soit physique et biologique, ou sociale et culturelle. Tout ce qui importe, d’un point de vue darwinien, c’est la permanence. Et la hiérarchie de domination, si sociale ou culturelle puisse-t-elle paraître, existe depuis près de cinq cents millions d’années. C’est permanent, réel. La hiérarchie de domination n’a rien à voir avec le capitalisme. Ni avec le communisme, le complexe militaro-industriel ou le patriarcat, cet objet culturel aussi arbitraire que malléable et jetable. Ce n’est même pas une création humaine. Pas au sens le plus profond. C’est au contraire un aspect fondamental de la nature.

Pour Jordan Peterson, les mécanismes physiologiques liés à la hiérarchie de domination sont si ancrés qu’elle apparaît comme le paradigme de l’existence.

À l’instar du homard, avec lequel il partage la rétroaction de la sérotonine (le cercle vertueux de la victoire, le cercle vicieux de la défaite), l’homme a une conscience permanente de la hiérarchie :

Au fond de nous, à la racine même de notre cerveau, bien en dessous de nos pensées et de nos sentiments, se trouve un calculateur essentiel. Il gère avec précision notre position dans la société, sur une échelle de un à dix, supposons.

Chez l’homme aussi, la faible confiance (en soi et en l’avenir) du dominé contraste avec l’assurance du dominant. Il est d’autant plus difficile de sortir du cercle psychologique infernal de la crainte – dans l’angoisse ou la dépression, par exemple – que les dégâts causés par les brimades durent parfois longtemps après l’humiliation.

Le psychologue souligne l’importance, en pratique, de l’heure du lever – elle doit être identique chaque matin – et de l’alimentation – idéalement pauvre en glucides le matin – dans la régulation des émotions négatives.

Il invite ensuite l’individu à se révolter précocement dans le cycle d’oppression dans le but d’en réduire les effets psychologiques. Cette force de caractère ne représente pas un effort considérable par rapport à la soumission et elle entrave la contagion de l’oppression, c’est-à-dire qu’elle protège la société tout entière de la corruption.

Au quotidien, la posture est cruciale pour contrôler les rétroactions du langage corporel :

Si vous restez avachi, adoptant la même posture que le homard vaincu, les autres vous attribueront un statut peu élevé, et le vieux régulateur que vous partagez avec les crustacés à la base même de votre cerveau vous donnera une note de domination relativement basse. Ensuite, votre cerveau produira moins de sérotonine. Vous serez moins heureux, plus anxieux et triste, et vous risquerez plus probablement de céder quand vous devrez vous affirmer. Cela diminuera également la probabilité que vous puissiez vivre dans un bon quartier, que vous ayez accès à des ressources de premier choix, et que vous trouviez un partenaire désirable et en bonne santé. Vous aurez plus de risques de consommer de la cocaïne et de l’alcool, car vous vivrez au jour le jour dans un monde au futur incertain. Cela augmentera votre sensibilité aux maladies cardiaques, au cancer et à la démence. Tout bien considéré, rien de très positif.

Les humains, comme les homards, s’évaluent mutuellement en partie par la posture. Si vous vous présentez comme vaincu, les autres réagiront envers vous comme si vous étiez en train de perdre. Si vous commencez à vous redresser, on vous regardera et on vous traitera de manière différente.

L’adoption d’une posture plus conquérante a même un sens plus profond : elle révèle la fin du paradis inconscient de l’enfance, la conscience du chaos de l’existence, et l’acceptation de la responsabilité et des sacrifices nécessaires à l’amélioration de la réalité.

Mais surtout, elle réenclenche le cercle vertueux de la victoire ; elle redonne confiance, elle bonifie la vie sociale et elle crée des opportunités.

Jordan Peterson invite donc à imiter le homard :

Puisez votre inspiration chez le homard vainqueur, avec ses trois cent cinquante millions d’années de sagesse. Tenez-vous droit, les épaules en arrière !

Règle 2 : Prenez soin de vous comme d’une personne…. à suivre

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