Sabbat

«  Les femmes trouvèrent la pierre roulée
sur le côté du tombeau. Elles entrèrent,
mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus.  »
Évangile selon saint Luc, chapitre 24, versets 2 & 3
La méditation Mgr David Macaire
Il n’y a pas grand-chose à faire aujourd’hui. À Jérusalem, c’est le sabbat, la commémoration hebdomadaire du repos divin. Après que tout a été accompli, Dieu s’est reposé. De même, le Fils de l’homme repose au tombeau. L’œuvre du salut, plus admirable encore que l’œuvre de la création, mérite ce grand calme du Samedi saint. Seul le repos apaise le cœur. L’Église aussi, comme les disciples, attend, les yeux fermés.
De fait, il n’y a pas grand-chose à voir dans la nuit. Les saintes femmes attendront le jour pour visiter et embaumer le corps de celui qu’elles aiment, mais le spectacle risque d’être bien triste dans la pénombre du tombeau, elles se dépêcheront. Et pourtant, seule cette nuit permet de voir… Il n’est pas prévu qu’elles s’attardent, elles se tairont, car la mort semble avoir le dernier mot. D’ailleurs, il n’y a pas grand-chose à dire ce matin. Tout a été dit : le Verbe est venu, le Verbe est né, le Verbe a parlé, le Verbe a souffert, le Verbe est mort… Qu’ajouter encore à la plénitude de la révélation ? Seul le silence permet d’entendre.
Rien à faire, rien à voir et rien à dire : le mouvement de l’histoire est comme arrêté. Mais celui du cœur et de l’esprit est d’autant plus en ébullition. Et si repos, nuit ou silence sont une ambiance de mort pour certains, ils signalent le temps de l’espérance pour d’autres. Ceux qui croient que, dans le repos, la vie entre en mouvement ; que la lumière jaillit de la nuit et qu’un cri de victoire viendra transpercer le silence. Tout est en devenir : la vie arrive, le règne de la Miséricorde arrive.
Méditation enregistrée dans les studios de Radio Saint Louis (Martinique)
Pour aller plus loin avec la Parole
Quand l’agneau ouvrit le septième sceau, il y eut dans le ciel un silence d’environ une demi-heure.

Livre de l’Apocalypse, chapitre 8, verset 1.

Dans ses blessures…

Voilà le Seigneur mon Dieu, il prend ma défense ; qui donc me condamnera ?

Isaïe 50,9

Le Fils de Dieu vit ses derniers jours sur cette terre:

Le Serviteur de Dieu prophétisé par Isaïe, c’est lui.

Ce qui était annoncé, il l’accomplira pour nous.

Quelle signification donner au destin tragique de Jésus ?

Mystère insondable de notre iniquité !

Face aux horreurs de notre histoire, Dieu n’est ni indifférent ni passif.

Comment alors ne pas tout déposer au pied de la croix de son Christ… ?

Comment ne pas croire à son pardon… ?

« Où est-il, votre Dieu » face à l’iniquité du mal ?

Que les sceptiques gardent pour eux leur ironie !

Le Christ en croix est la réponse à quiconque doute de la compassion du Père.

Scellée par la souffrance rédemptrice du Christ, la parole de Dieu est crédible.

Quiconque l’a accueillie un jour au cœur de sa détresse, ne serait-ce qu’un moment, le sait bien.

Seigneur, donne à chacun de nous un peu de l’intelligence du mystère de la Croix. Fais que notre vie soit cohérente avec ce que tu nous fais connaître, et si tu veux que nous pratiquions avant de connaître, que nous aimions avant de comprendre, donne-nous ton Esprit à travers ta mort et ta Résurrection glorieuse.

+Carlo Maria Martini

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Rameaux et Passion

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Aujourd’hui, sa glorieuse Passion !

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 19, 28-40)

En ce temps-là,
Jésus partit en avant pour monter à Jérusalem.
Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie,
près de l’endroit appelé mont des Oliviers,
il envoya deux de ses disciples, en disant :
« Allez à ce village d’en face.
À l’entrée, vous trouverez un petit âne attaché,
sur lequel personne ne s’est encore assis.
Détachez-le et amenez-le.
Si l’on vous demande :
‘Pourquoi le détachez-vous ?’
vous répondrez :
‘Parce que le Seigneur en a besoin.’ »
Les envoyés partirent
et trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit.
Alors qu’ils détachaient le petit âne,
ses maîtres leur demandèrent :
« Pourquoi détachez-vous l’âne ? »
Ils répondirent :
« Parce que le Seigneur en a besoin. »
Ils amenèrent l’âne auprès de Jésus,
jetèrent leurs manteaux dessus,
et y firent monter Jésus.
À mesure que Jésus avançait,
les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin.
Alors que déjà Jésus approchait de la descente du mont des Oliviers,
toute la foule des disciples, remplie de joie,
se mit à louer Dieu à pleine voix
pour tous les miracles qu’ils avaient vus,
et ils disaient :
« Béni soit celui qui vient,
le Roi, au nom du Seigneur.
Paix dans le ciel
et gloire au plus haut des cieux ! »
Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule,
dirent à Jésus :
« Maître, réprimande tes disciples ! »
Mais il prit la parole en disant :
« Je vous le dis :
si eux se taisent,
les pierres crieront. »

COMMENTAIRE du fr. Jacques Marcotte, Montréal

La liturgie de ce jour est déjà longue… Il ne faut pas trop en rajouter.  Laissons simplement le récit de la Passion du Seigneur faire son chemin en nous, en méditant sur quelques détails de ce parcours troublant de notre Seigneur.

Nous vivons en ce jour une liturgie toute en contrastes. Elle évoque d’une part la gloire et le triomphe du Seigneur et d’autre part son épreuve, sa souffrance, ses persécutions subies, et sa mort à la fin.  C’est une sorte de passage inversé à vivre comme un grand paradoxe, qui annonce pourtant Pâques et la victoire prochaine.

Nous venons de vivre en mystère cette victoire qui déjà s’annonçait, en vérité, non seulement lors de la royale entrée de Jésus à Jérusalem – que nous avons évoquée en début de célébration, – mais aussi tout au long du long récit de Luc, où tellement de détails font bien voir le penchant de miséricorde et de compassion dans lequel balance Jésus, de tout son cœur, de tout son être.

La Passion du Seigneur selon S. Luc se déroule sur un mode majeur; elle chante la victoire et la puissance du Christ en son épreuve elle-même; elle nous parle d’un Christ qui s’avance avec sérénité sur un chemin de compassion, de pardon, de guérison, de bienfaisance.  Chez lui point de révolte, ni de repli sur soi, ni de panique. Plein de détails nous révèlent déjà les effets merveilleux de l’offrande du Christ. 

Nous avons vu par maints détours et circonstances que le mystère de la Rédemption était à l’œuvre déjà : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font… », // « Filles de Jérusalem, pleurez sur vous, sur vos enfants… »,  // « Aujourd’hui tu seras avec moi en paradis… ». 

En cette lecture de la Passion, en cette eucharistie mémorial vivant de la Pâques du Seigneur, en cette Sainte Semaine, en nos propres vies marquées de mort, de souffrance, de peurs et de péchés, en tous nos signes de croix, nos gestes d’humanité et nos élans de charité, le Christ Sauveur avance avec nous, nous avançons avec lui.  Laissons donc le Mystère de sa Pâques nous toucher et produire dans nos vies, dans le monde, – aujourd’hui -, des effets de conversion, de guérison, d’amour et de tendresse, de relèvement salutaire.  Que dans la puissance de notre communion, avec lui et entre nous, nous soyons partie prenante de son œuvre de salut ! 

Pécheurs, moi, vous, tous…

Dimanche 13 mars 2016 Cinquième Dimanche Carême

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 8,1-11.

En ce temps-là, Jésus s’en alla au mont des Oliviers.
Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner.
Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu,
et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.
Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? »
Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre.
Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »
Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre.
Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu.
Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? »
Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

bruegel-christ-and-woman - Copie

Méditation Equipe Evangile@Peinture

La force de l’évidence est soulignée par la mise en scène. La femme est placée au centre. Elle est le  problème. La situation de flagrant délit écarte toute possibilité d’ambiguïté. Elle est coupable. Et la Loi de Moïse est formelle. Elle doit être lapidée. Tout est dit. Elle est déjà jugée. Jésus, malgré la question qui lui est adressée, n’a plus vraiment l’espace d’une parole autre. Et pourtant… Ce qui se joue ici n’est pas le procès de cette femme mais bien celui de Jésus en réalité. Celui qui est au centre de toute l’attention, c’est lui. La femme n’est qu’un prétexte pour le faire tomber. En revanche, ce qui est en jeu pour Jésus, c’est bien elle, mais aussi tous ceux qui sont là à guetter comment il va s’en Jésus ne conteste pas la culpabilité, ni la Loi de Moïse et sa prescription. Ce serait se mettre en faute.

Il tire les conséquences de la situation et place tout le monde devant sa propre responsabilité pour exécuter ce que leur jugement commande: la mort de cette femme. Qui va en être l’auteur ? Pour cela, il faut être vierge de tout péché dit Jésus. Il remet simplement tout le monde dans le même camp : dans la communauté des pécheurs. Personne n’en est exempt: donc tous solidaires! Ce faisant, Jésus fait autorité et renverse le rapport de force. Il est littéralement en train d’écrire cette loi nouvelle de l’inscrire sur la terre, comme au ciel, mettant au coeur de la relation avec les autres la miséricorde entre les pécheurs que nous sommes tous.

Le problème n’est donc en réalité ni la femme ni Jésus mais nous et notre besoin de juger qui nous isole les uns des autres et nous coupe d’une solidarité – positive et miséricordieuse.

Puissions-nous donc (re)devenir ces espaces accueillants où la sanction n’est pas le dernier mot à opposer au péché mais bien la miséricorde qui réintègre dans la communauté, relance le désir et le réoriente vers la vie.

 

Troisième dimanche de Carême

Dieu est fidèle ; il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces (1 Corinthiens, 10, 13).

Dans la tentation, veiller, prier

La vie est là… tantôt « simple et tranquille », tantôt traversée de crises et d’épreuves. L’accepter de la main de Dieu, sans tomber pour autant dans le fatalisme ou dans une morne résignation… oui, cela exige une conversion. Quand il évoque les Galiléens assassinés sur ordre de Pilate (Luc 13, 1-9), Jésus appelle les hommes à revenir à Dieu, dans une confiance renouvelée. Il les éclaire, aussi, sur la signification du malheur, qui ne frappe pas forcément ceux qui ont péché, et eux seuls.

A son tour, récapitulant les grandes étapes de l’histoire sainte, Paul parle de ceux qui « ont eu des convoitises mauvaises », et en ont pâti. Tout cela, pour exhorter les chrétiens à rester fermes dans leur foi, quelles que soient les tentations rencontrées en chemin.

La tentation, dans le langage de la Bible, est une mise à l’épreuve de la foi, sous forme de contestation, de murmures, d’idolâtrie ; c’est un piège dans lequel le Tentateur essayera toujours de faire tomber les croyants. Mettant à profit nos faiblesses qu’il connaît si bien, le démon s’applique à saper nos bonnes résolutions, à nous pousser au mal, à se saisir de notre conscience pour y régner. Il tente, surtout, de planter dans les cœurs le germe empoisonné de la suspicion.

Mais Dieu, que nous supplions, jour après jour, à nous sauvegarder du Malin, veille sur les siens. Il ne permettra pas que nous soyons tentés au-delà de nos forces, affirme, avec son autorité d’apôtre, saint Paul. Quelles que soient nos difficultés, nos épreuves, nos chutes, il nous donnera les moyens de nous en sortir. En prendre conscience, y compter, c’est déjà se convertir. Ecouter sa voix, chercher à déchiffrer sa volonté et à la suivre, c’est déjà se convertir. Sa Providence nous accompagne, et le feu de sa charité brûle, tel dans le buisson ardent, sans s’épuiser.

 

Premier dimanche du Carême

Il fut conduit par l’Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l’épreuve par le démon. (Luc 4,1)

Quand l’épreuve est là

Avec leur froid intense, piquant, les nuits sont terribles dans le désert.

Les jours aussi, sous un soleil de plomb. C’est en ce lieu où la vie humaine est si fragile, si menacée, que l’Esprit a conduit Jésus après le baptême dans le Jourdain.

Au bout de quarante jours de grâces et d’épreuves, Jésus eut faim et, peut-être, peur.

C’était l’heure des ténèbres, propice au tentateur.

« Pourquoi t’a-t-on abandonné ici, parmi les bêtes sauvages ? Ne vas-tu pas mourir de faim ? Où est-il, ton Dieu, où en sont ses promesses ?»

« Par contre, si vraiment tu es le fils de Dieu…

… tu devrais pouvoir faire des miracles, te nourrir et nourrir tous les affamés, régner sur ton peuple pour son plus grand bien et ta plus grande gloire… affronter les lois de la nature… Il suffit d’oublier Dieu et m’adorer, moi ! » 

Aux propositions alléchantes du diable, Jésus a résisté par la force de ce qui « est écrit ». 

La Parole divine, nous enseigne-t-il, est la meilleure arme contre la tentation, qu’elle soit tentation de l’idolâtrie, du doute, de la suspicion, du pouvoir, ou celle de l’indifférence face à la souffrance d’autrui. Quant à nous, combien de fois n’avons-nous pensé, même sans oser le dire, que Dieu devrait régler tous nos problèmes, « s’il existait »… ?

Faisons donc comme Jésus quand il fut tenté dans le désert.

Combattons avec l’arme de la Parole.

N’hésitons pas à nous y plonger, à en faire notre prière, à la laisser travailler en nous. Le réconfort de Dieu est au bout.