„Ne pot face sarbatorile mai buni?” Buna întrebare…

De Paște sau de Crăciun, cei care merg la biserică sunt, în general, mai mulți și mai bine îmbrăcați. Nu doar că oamenii se gândesc ceva mai mult la „cele sfinte”, dar simt și nevoia să îmbunătățească nițel aspectul exterior, forma de prezentare. Atât prin veșminte, cât și prin participarea ca atare se transmite un […]

via Ne pot face sărbătorile mai buni? — Cu drezina

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Doi întelepti si o binecuvântare împartasita

E vorba de Fr Thomas Keating, monah cistercian, si de rabinul Zalman Schachter Shalomi.

O întâlnire în spirit între doi contemplativi care împartasesc aceeasi revelatie.

O revelatie care ajunge la om prin natura, prin Scriptura, si prin actiunea directa a lui Dumnezeu asupra unui suflet deschis, receptiv, doritor.

Illuminati !

De Philosophie Magazine

„Ils diffusent dans le ciel sous forme de traînées d’avion – en anglais chemtrails – des gaz qui manipulent notre comportement et nous incitent à acheter du Coca-Cola. Ils ont éliminé Kennedy, John Lennon et bien d’autres, et, en 2015, ils ont poussé ce pauvre Zayn Malik à la porte du groupe pop One Direction. Ils ont mis en scène les « attentats » de Boston et de Charlie Hebdo. Ils sont bien entendu derrière les attaques du 11 septembre 2001, que seuls les naïfs pourraient attribuer à Al-Qaida – une poignée de Bédouins sous-armés cachés dans des grottes d’Asie Centrale –, précipitant ainsi une « guerre de civilisation » qui sert leurs desseins. Bien avant, ils étaient déjà à la manœuvre lors de la guerre du Vietnam, de la montée du nazisme ou de la Révolution française. Leur capacité de nuisance n’a d’égal que leur pouvoir de dissimulation, et cette performance est d’autant plus admirable que, en sus de ces pouvoirs occultes, ils n’existent pas.

Si vous avez plus de 25 ans ou si vous n’êtes pas adepte de jeux vidéo, de forums Internet ou de Dan Brown, peut-être ne les aurez-vous pas reconnus : « ils », ce sont les Illuminati. On ne compte plus les adolescents qui croient dur comme fer que cette société secrète bavaroise, fondée à une époque où ce genre d’entreprise collective au service du progrès des consciences était monnaie courante, continue d’exister pour gouverner l’histoire mondiale.

« On ne compte plus les adolescents qui croient que cette société secrète continue d’exister pour gouverner l’histoire mondiale »

Les Illuminati constituent une figure fascinante des théories du complot : ils résument en effet la plupart des conspirations usuelles – l’assassinat de Kennedy, « l’alunissage n’a jamais eu lieu », le 11-Septembre vu comme un inside job, les chemtrails… –, et chaque nouveau drame leur est invariablement attribué ; ils sont comme une « superthéorie du complot » qui viendrait toutes les synthétiser. Ils figureraient l’archétype des conspirateurs : leur toute-puissance est à la mesure de leur opacité. Le complot apparaît ici comme pur de tout préjugé : tandis que les conspirationnistes usuels cachent plus ou moins mal des motivations antisémites ou racistes – le complot judéo-bolchévique des années 1930, les complots maçonniques, l’attribution du 11-Septembre à la CIA, etc. –, on ne saurait réduire le complot illuminati à une affaire d’antisémitisme ou d’antiaméricanisme, puisque, justement, les Illuminati n’existent pas. En tant que forme pure de théorie du complot, la légende des Illuminati permet de comprendre ces étranges récits alternatifs dont la présence dans le débat public – avant tout sur Internet – sème le doute sur les faits annoncés par les médias et alimente la méfiance à l’égard des institutions démocratiques.

Pourquoi reviennent-ils ?

La brève histoire des Illuminati commence en 1776, lorsque Adam Weishaupt, professeur de théologie à Ingol­stadt, en Bavière, fonde une société secrète, afin de promouvoir les Lumières en Allemagne. Cette assemblée vise à diffuser des idéaux de rationalité et de savoir, promeut un enseignement libéré de la tutelle religieuse et se développe rapidement jusqu’en Suisse ou en Autriche, tout en entretenant des connexions avec la franc-maçonnerie locale. Son histoire se termine en 1784, lorsque le prince-électeur de Bavière donne l’ordre de dissoudre cette organisation. Mais, comme l’analyse Nicolas Chevassus-au-Louis dans  Théories du complot (First, 2014), l’histoire posthume, plus intéressante, commence avec deux ouvrages, écrits en réaction à la Révolution française : les Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme, de l’abbé Augustin Barruel, publié à Hambourg en 1798-99, et Les Preuves d’une conspiration, de John Robison, publié à Édimbourg en 1797. Ces livres ont suscité deux courants de spéculations sur les méfaits des Illuminati, l’un dans les pays anglo-saxons, l’autre en France. Le contenu de ces théories n’a guère changé : la liste des crimes et des exploits des Illuminati s’est juste allongée.

Barruel, principal rédacteur du Journal ecclésiastique, est un abbé au conservatisme exacerbé par la Révolution : critique de l’instauration du divorce ou des lois sur le clergé, il devient royaliste et, condamné, fuit la France pour Londres en 1792. Là, il rédige un livre qui propose une explication des événements révolutionnaires intégrant de nombreux éléments : l’influence néfaste des « philosophes », les agissements des francs-maçons et – ce qui constitue l’originalité de ses écrits  – les Illuminati. Curieusement, il attribue la paternité de cette société à Emanuel Swedenborg – inoffensif mystique suédois qui consignait par écrit ses voyages fréquents au Paradis et à qui Kant consacra un opuscule réfutant ses rêveries – autant qu’à Weishaupt. Mais, surtout, il soutient que les Illuminati existent toujours et tirent les ficelles de la franc-maçonnerie, déjà bien impliquée dans l’organisation secrète de la Révolution. Le projet illuminati ne serait rien moins que la destruction de tout ordre et de toute religion : « ceux-ci conspirèrent non plus seulement contre le christianisme, mais contre toute religion quelconque, […] non plus seulement contre les rois, mais contre tout gouvernement, contre toute société civile […] ». Les grandes lignes du complot illuminati sont posées, elles ne dévieront pas. Et lorsque Jean-Joseph Mounier, dans De l’influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la Révolution de France (1801), offre une réponse argumentée à ses divagations, Barruel fournira la réplique classique des partisans de sa théorie : Mounier est lui-même un agent des Illuminati et n’est donc pas crédible.

Aujourd’hui, les Illuminati se cachent toujours, mais ils ont des symboles secrets par lesquels ils se reconnaissent et parfois signent leurs actions. Compas, œil au sein de la pyramide, nombre 666, salut avec le poing fermé et deux doigts tendus, chouette… Déchiffrer ces signes permet de traquer leurs manigances à travers l’Histoire, et les sites, blogs et forums à ce sujet sont innombrables, tout comme les vidéos sur YouTube – l’une de celles-ci a été vue plus d’un milliard de fois : elle explique les plans illuminati pour tuer une bonne partie de l’humanité via un tsunami sur New York en 2015.

Les Illuminati feraient partie de Skull and Bones, fraternité d’étudiants issus des plus prestigieuses universités américaines, qui a effectivement compté nombre de présidents des États-Unis ou de prix Nobel parmi ses anciens membres. Ils se réunissent au Bohemian Grove, authentique club californien très sélect où, selon le site Syti.net, des « sacrifices humains ainsi que des rites à caractère sexuel auraient lieu ». Certains sites s’aventurent parfois à nommer les membres de la confrérie : il s’agit de treize familles, incluant notamment les Bush et les Kennedy. Des stars de la chanson, Rihanna ou Jay-Z, sont suspectées d’en être, sur la base d’herméneutiques pittoresques de leurs clips. Dans le folklore illuminati, on notera que ces familles correspondent aussi au groupe Bilderberg – un club d’entrepreneurs qui se réunit chaque année et publie un rapport technique et ennuyeux –  ce serait une secte de financiers régnant sans partage sur le monde.

Croire que les Illuminati existent encore et leur attribuer la responsabilité des faits majeurs de l’histoire a commencé avec Barruel et Robison, puis connu un regain au XXe siècle à l’époque de la diffusion des grandes théories conspirationnistes concomitantes au développement du fascisme et du communisme. Mais, vers les années 1990, on note un net accroissement du phénomène. Ceci s’explique tant par la première guerre du Golfe, en 1991, qui, deux ans après la fin de l’empire soviétique, est l’occasion pour Bush père d’annoncer la formation d’un « nouvel ordre mondial » ; que par l’arrivée d’Internet, média sans filtre où quiconque soutient une théorie aussi délirante soit-elle peut la publier et attirer l’attention sur elle (« Illuminati » y représente 39 millions d’occurrences Google contre 37 millions pour « Sarkozy » et 23 pour « François Hollande »…) ; ou par la diffusion de l’imagerie illuminati dans les réseaux de la contre-culture et dans la communauté afro-américaine via la musique rap.

En effet, le hip-hop a recyclé, par l’intermédiaire de la technique du sample, des films et des chansons populaires, qui contenaient de nombreux thèmes relatifs au complot, à la CIA… et aux Illuminati. En 1996, le groupe Poor Righteous Teachers sortait un album intitulé New World Order, qui connectait la thématique illuminati aux grandes questions politiques du moment ; et il existe des milliers de sites Web consacrés au décryptage des symboles maçonniques ou illuminati dans les clips de rap.

« Comment pareilles théories extravagantes peuvent-elles être soutenues par des artistes intelligents, créatifs, sensibles? »

Comment pareilles théories extravagantes peuvent-elles être soutenues par des artistes intelligents, créatifs, sensibles ? L’histoire récente des États-Unis n’y est pas pour rien, marquée par l’assassinat des Kennedy, B.A.BA de tout conspirationniste. Il est clair qu’abondent là-bas de vraies conspirations, c’est-à-dire des activités menées en secret par des groupes clandestins pour des motifs inavouables au détriment de certains individus ou collectivités. Certaines, comme l’opération MK Ultra qui impliquait des interventions psychiatriques sur des cobayes involontaires et un réseau de maisons closes, ont été déclassifiées dans les années 1970. De fait, la remise au goût du jour des Illuminati par les rappeurs du Wu-Tang Klan ou de Mobb Depp semble s’inscrire dans une tendance conspirationniste de longue durée outre-Atlantique. En 1964, l’historien Richard Hofstadter écrivait dans Harper’s Magazine un article lumineux intitulé « The paranoid style in American politics » – repris en français dans Le Style paranoïaque. Théories du complot et droite radicale en Amérique (François Bourin Éditeur, 2012). Il y soulignait la récurrence de visions conspirationnistes américaines, en indiquant que cette manière de penser partage quelques points avec la paranoïa : certitude d’être victime d’une persécution, caractère tout-puissant et insaisissable du persécuteur, nature essentiellement trompeuse des apparences. Il montrait aussi que l’amour des complots n’est pas l’apanage de l’extrême gauche, des obsédés de la CIA ou des anti-OGM : l’une des premières manifestations conspirationnistes d’envergure aux États-Unis fut le maccarthysme, motivé par une obsession paranoïaque du complot communiste.

Reste qu’une meilleure information, qui balaierait les divagations sur les Bilderberg et le Bohemian Grove, ne dissipe jamais la croyance dans les Illuminati. Cette surdité des illuminatistes ne peut qu’intriguer. Devant l’explosion des forums et sites conspirationnistes de tout poil, de nombreux psychologues ou sociologues se sont demandé depuis les années 2000 qui croit aux théories du complot, et pourquoi celles-ci se diffusent aussi facilement dans l’espace public. Sur la base d’un questionnaire (pensez-vous que « beaucoup de célébrités, de politiciens et de gens riches sont membres d’une société secrète qui contrôle nos vies » ? ou que « des expériences avec de nouveaux médicaments ont été réalisées sur le grand public à son insu et sans consentement » ?, etc.), puis d’une analyse statistique, ils ont défini une échelle des croyances conspirationnistes. Le seul résultat fermement corroboré est une sorte de solidarité entre théories du complot : le meilleur prédicteur pour dire que quelqu’un va croire, par exemple, aux Illuminati est qu’il croit déjà à une autre théorie du complot. Cette contiguïté entre théories du complot a incité les chercheurs à parler d’une « vision conspirationniste du monde ». De plus l’anomie, c’est-à-dire le sentiment d’être aux marges de la société, et le mistrust, le manque de confiance envers autrui ou la société, annoncent aussi une plus grande porosité aux théories du complot, tandis que les traits de personnalité tels que la schizotypie ou la paranoïa n’influent que faiblement sur la disposition aux théories du complot. Enfin, la vision conspirationniste partage avec les extrêmes politiques une répugnance pour tout ce qui représente le « système » ; c’est pourquoi ils se renforcent l’un l’autre. Voilà pour les maigres choses que l’on sait sur la distribution sociale et psychologique du conspirationnisme : soit aucun profil type ! Ce qui correspond au fond à l’expérience ordinaire : qui n’a jamais entendu un proche, par ailleurs parfaitement équilibré, déclarer avec assurance qu’on n’avait jamais marché sur la Lune ?

Socialement, plusieurs processus simples sous-tendent la contagion d’une théorie du complot. Ils concernent tous le fait que les conspirationnistes ont tendance à s’agréger en petites sociétés closes : ils s’échangent des vidéos sur YouTube qui se citent les unes les autres, vont sur la myriade de sites dédiés à leur théorie du complot préférée, lisent des publications nourries de ces consultations, etc. À partir de là, ils ont aussi un pouvoir d’argumentation plus nourri que celui des non-croyants, puisqu’ils y dépensent une énergie conséquente. Or, échanger des idées avec des individus de même sensibilité idéologique ou politique accentue les oppositions entre familles d’idées, ce qui renforce la croyance d’individus au départ juste un peu curieux. Et ces mêmes personnes, qui trouveraient initialement farfelus les discours sur les Illuminati, les prendront davantage au sérieux s’ils voient qu’ils sont tenus par beaucoup d’autres, et parfois par des personnes réputées – tels des historiens ou d’anciens dirigeants de services secrets.

« Les recherches en psychologie ont montré que le cerveau est la proie de nombreux “biais cognitifs”,nous poussant à déformer de façon systématique la réalité dans un certain sens »

Depuis une quarantaine d’années, les recherches en psychologie ont montré que le cerveau est la proie de nombreux « biais cognitifs », sans doute hérités de la préhistoire des hominidés, nous poussant à déformer de façon systématique la réalité dans un certain sens. Avant tout, le « biais de confirmation » désigne la tendance que nous avons à choisir dans un ensemble d’informations celles qui soutiennent nos croyances antérieures (les gens de droite lisent des journaux de droite, etc.). Ce biais explique que celui qui commence à sympathiser avec des croyances aux Illuminati s’enfermera très vite dans le monde des vidéos et sites pro-Illuminati, ce qui renforcera sa croyance en retour. D’autres biais concernent, eux, la manière dont nous nous représentons la causalité. En premier lieu, on favorisera les explications intentionnelles – expliquer en invoquant des actions volontaires de certains individus  –, tendance qu’on a prouvée être spécialement forte chez les sujets adhérant à une vision du monde conspirationniste. Le raisonnement conspirationniste use en effet d’une procédure très simple pour identifier partout une intention à l’œuvre : il recherche « à qui profite le crime ». Une fois ce bénéficiaire identifié – ce qui est toujours possible, puisque tout événement affecte différemment, en bien ou en mal, les individus et les groupes –, il en déduit que cette conséquence était le but recherché, donc que l’événement à analyser résulte de l’intention de ces bénéficiaires.

Enfin, nous cherchons plutôt des « grosses » causes pour les événements « importants » : que les morts de personnalités aussi importantes que John Fitzgerald Kennedy, Marilyn Monroe ou Lady Di soient dues à des ruminations d’obscurs individus détraqués, à un suicide ou à un banal accident, voilà qui contrevient à cette règle d’équivalence et peut pousser certains à chercher des « vraies » causes, commensurables aux événements en question : une conspiration de la CIA, du FBI ou du MI6, par exemple.

Clairement, la vision conspirationniste du monde vise à éliminer le hasard : les détails qui ne se relient pas causalement avec le fil directeur de la version officielle d’une histoire y deviennent des marqueurs significatifs de la conspiration. Il n’y a que dans les romans que, précisément, rien de ce qui arrive n’est là par hasard – puisque tout contribue à la signification du roman. Sauf que le roman, à la différence de la vie réelle, résulte de l’intention d’un auteur. Comme le philosophe Brian Keeley le soulignait, le conspirationniste semble l’un des derniers aspirants à un monde ordonné et porteur d’un dessein – rêve qui échoit à celui qui refuse la conception moderne et scientifique d’un monde où les événements sont massivement le fait de rencontres aléatoires entre projets plus ou moins mal réalisés.

Démonter une théorie du complot ?

Reste la question philosophique : pourquoi ne devrait-on pas croire aux théories du complot ? Au fond, pourquoi est-il tout simplement faux que les Illuminati dirigent le monde ? Comme pour de nombreux problèmes philosophiques, si nous avons l’intuition que l’attribution du 11-Septembre et de la mort de Diana au Mossad est, à chaque fois, une élucubration irrationnelle, lorsqu’on est confronté à ceux qui argumentent en faveur de ces visions, il est difficile d’expliciter le principe général en vertu duquel tout cela est irrationnel. Si les Illuminati posent une vraie question philosophique, c’est précisément celle-là.

Après tout, le 11-Septembre lui-même est bien le fruit d’une conspiration : celle des terroristes d’Al-Qaida. Le « conspirationniste » défend simplement l’idée que les conspirateurs ne sont pas ceux que l’on croit. Autrement dit, on ne doit pas estimer fausse par principe une théorie du complot.

Dans son étude récente et très fouillée, le journaliste britannique David Aaronovitch définit ainsi une théorie du complot : « La supposition non nécessaire d’une conspiration là où d’autres explications sont plus probables. » En ce sens, les Illuminati constituent bien une théorie du complot : pour expliquer l’émergence du sida, on n’a pas besoin d’avoir recours à ces acteurs imaginaires dont l’existence est loin d’être avérée. Qu’elle soit « non nécessaire » est donc indispensable pour définir une théorie conspirationniste du complot. Mais, précisément, notre illuminatiste jugera, lui, que le recours à des intentions masquées est vraiment nécessaire pour expliquer les événements ! Dès lors, le point de litige entre la vision conspirationniste et son contraire est la manière d’entendre cette nécessité de recourir à des agents occultes. Y a-t-il des critères rationnels pour décider à quel moment l’hypothèse d’une conspiration devient nécessaire ?

De fait, le scénario des Illuminati repose sur quelques vérités : certains humains ont évidemment une plus grande capacité d’affecter les événements de l’histoire humaine – ce sont en général des riches et des puissants – et, parfois, ils s’entendent pour agir en secret, puisque si leur action était publique elle ne pourrait aboutir (pensons aux délits d’initiés en Bourse). Mais, très souvent aussi, leurs intérêts sont divergents ; et puis, pas besoin de recourir à des intentions pour expliquer que les actions des financiers ou des politiques ont des effets sur la vie des peuples : la structure de l’économie y suffit ! Enfin, les résultats des actes diffèrent de l’intention de départ, pour les puissants comme pour les gens ordinaires. L’idée d’une manigance secrète et infaillible d’un groupe de dominants à la manœuvre depuis des siècles n’est pas du tout nécessaire pour expliquer ce qu’on veut expliquer ; or c’est cela qui caractérise exactement la théorie des Illuminati.

« Sentir que certains ont plus d’influence que tous sur les affaires du monde induit en chacun une disposition aux théories du complot »

Les théories du complot semblent donc saisir quelque chose de vrai concernant les relations de pouvoir dans les sociétés. Le sentiment que certains ont plus d’influence que tous sur les affaires du monde et que des opérations ou des intérêts nous sont cachés est unanimement partagé ; il induit en chacun d’entre nous une sorte de disposition aux théories du complot. Dans les années 1960, Bob Dylan chantait Only a Pawn in their Game (« Juste un pion dans leur jeu »), dont les paroles illustrent ce sentiment que certains acteurs agissent à notre insu sur les événements sociaux majeurs et la destinée des hommes. C’est là un thème classique du cinéma populaire aussi bien que de la littérature d’avant-garde. Les Illuminati ressembleraient un peu à un passage à la limite d’une bonne partie de la culture récente (américaine) : films comme la trilogie Jason Bourne ou Ghostwriter, livres de romanciers majeurs, tels Thomas Pynchon ou Don DeLillo…

À partir de là, de nombreux auteurs comme Hofstadter ou récemment Frédéric Lordon (« Le symptôme de dépossession », Le Monde diplomatique, juin 2015) reconnaissent que les théories du complot enveloppent une perception faussée de la réalité sociale. Si, à La Nouvelle-Orléans, après le passage de l’ouragan Katrina, s’est répandue la croyance que le pouvoir, manipulé par des Illuminati, avait délibérément laissé s’écrouler une digue destinée à protéger la population noire, c’est que cette population comprend de manière confuse que, depuis la fondation du pays, l’oppression des Noirs par les Blancs détermine une bonne part de ce qui leur arrive. Ultimement, c’est une telle conscience qui a ressuscité le thème des Illuminati dans le rap américain et l’a popularisé jusque chez l’adolescent européen moyen.

Aussi peut-on voir la fable des Illuminati, à l’égal d’autres lubies conspirationnistes, comme une perception faussée de la réalité sociale, non dépourvue d’une certaine créativité et indéniablement amusante ; même si, à l’inverse, on doit aussi y voir une réalisation exemplaire de la cognition humaine lorsqu’elle marche de travers, selon tous les biais psychologiques et les mécanismes sociaux qu’on a décrits. Mais en quoi, précisément, marche-t-elle de travers ? Pour répondre, tâchons de ressaisir l’épistémologie conspirationniste, soit les modalités de recherche de connaissance et d’évaluation des données et des preuves propres à une telle vision du monde.

« Si je devais me méfier de tout, je ne pourrais me fier à aucune de mes croyances »

Elle se caractérise déjà par une singulière inversion : des éléments apparemment anodins ou aléatoires, tels que la date de la Coupe du monde de football en France en 1998 (lointain anagramme d’un nombre fétiche illuminati, 666), acquièrent un poids majeur dans l’argumentation, alors qu’on n’attribuera qu’un intérêt limité aux faits robustes justifiant pour la plupart des gens la version dite officielle. Elle cultive le doute envers tout récit ou théorie admis –  le partisan des Illuminati balaie volontiers le contenu des manuels d’histoire. Mais si le doute est certes un moment obligé de toute recherche scientifique, un tel doute n’est jamais total : le biologiste expérimental ne doute pas qu’il existe des êtres vivants… Le doute extrême, dit « hyperbolique », n’a pas sa place dans la science. Or c’est celui qu’exercent les conspirationnistes. Pareil doute repose sur deux choses qui en font un doute déraisonnable : la quête des éventuelles incohérences dans le discours dit « officiel » sur un événement ; la méfiance systématique envers tout discours « officiel » (médias, rapports gouvernementaux et souvent institutions scientifiques).

Le premier aspect repose sur une erreur : le postulat que toutes les données propres à un phénomène que l’on reconstitue devraient être absolument cohérentes. Or, si la cohérence est jusqu’à un certain point un réquisit de toute explication raisonnable, cela n’exige pas une cohérence absolue entre toutes les données. Ainsi, dans les sciences, le meilleur modèle de la trajectoire d’un système dont on connaît un grand ensemble de positions laissera forcément de côté certaines de celles-ci : chacun connaît ces courbes modélisant un nuage de points dont certains se retrouvent plus ou moins loin de ladite courbe. Il s’agit là, comme disent les informaticiens, du « bruit » intrinsèque à tout ensemble de signaux ou d‘information. D’ailleurs, essayez de raconter votre journée d’hier à trois personnes différentes – un grand classique de l’interrogatoire de police –, évidemment certains détails changeront d’une version à l’autre (la robe de Simone était rouge, puis jaune, etc.), de sorte qu’un conspirationniste pourrait en déduire que votre journée d’hier n’a pas existé, alors qu’il s’agit simplement là du « bruit » inhérent à tout récit.

Le second point part de l’affirmation de principe que les comptes rendus publics d’un événement sont délibérément faussés. Un tel doute apparaît naturel dans la vision conspirationniste, car les auteurs secrets d’un événement s’ingénieront à le cacher, donc à en donner des fausses versions. En quoi ce refus de tout discours « officiel », motivé par l’idée même qu’il y a eu conspiration, est-il déraisonnable ? Parce que, au fond, il contredit l’idée même d’expertise et de confiance dans les experts, laquelle contribue implicitement à fonder notre possibilité même de tenir pour vraies certaines croyances. La plus grande partie de notre savoir repose sur ce qu’ont établi d’autres, des experts au sens le plus large : je n’ai aucune idée de comment marche mon ordinateur, donc je me fie à ce que pensent les informaticiens qui en ont conçu le mode d’emploi ; je ne connais rien à la mécanique, donc mon rapport à ma voiture repose sur les mécaniciens et les ingénieurs qui l’ont construite, etc. Soulignons toutefois qu’un expert sur un sujet X est forcément un ignorant sur tout le reste. C’est pourquoi il y a escroquerie intellectuelle à renvoyer à des biochimistes pour contrecarrer l’évolution darwinienne, ou bien à des experts en paléontologie pour discourir sur le 11-Septembre – ceci étant la stratégie favorite des conspirationnistes, lesquels jouent constamment leurs experts contre les experts.

Émettre un doute de principe envers l’expertise s’avère irrationnel, parce que celui-ci contredit l’une des bases de la formation et de la justification du savoir : si je peux douter de certains experts, c’est que j’ai précisément confiance dans d’autres, venus d’autres disciplines, qui ont construit un certain savoir sur lequel reposent mes croyances. Si je devais accepter la méfiance systématique envers les journaux, chercheurs, médias, qu’adviendrait-il ? Je ne pourrais au fond me fier à aucune de mes croyances : les médicaments peuvent être des poisons, les journaux sont des romans… Le coût, en terme de possibilité de connaître quoi que ce soit du monde et d’y adapter mes actions, deviendrait extrêmement élevé !

« Si l’homme n’a jamais marché sur la Lune, quelle quantité de mensonges aura-t-elle été requise pour maintenir un tel secret? »

Ce coût, qu’on nomme épistémique, est, en comparaison des bénéfices escomptés, totalement excessif pour les théories du complot. Supposons ainsi que l’homme n’ait jamais marché sur la Lune, que l’alunissage ait été en réalité filmé à Hollywood selon le désir de quelques Illuminati : quelle quantité de mensonges, de dissimulation, aura-t-elle été requise pour diffuser et maintenir un tel secret ? Toute la Nasa, l’ensemble du système scientifique américain et mondial dans son ensemble ne seraient qu’une vaste supercherie. Si c’était le cas, alors nous devrions réviser absolument toutes nos croyances sur le monde humain en général, d’où un coût épistémique excessif comparé au poids des quelques raisons avancées par les sceptiques de l’alunissage. En comparaison, les grandes révolutions scientifiques avaient un coût épistémique élevé, mais un bénéfice épistémique et pratique exceptionnel. Ainsi, si la thèse des Illuminati est vraie, alors je dois réviser toute l’histoire humaine, et surtout une bonne partie de la psychologie (la longévité d’un tel secret défie toute ma connaissance de la psychologie humaine !). C’est bien cher payé, alors que, d’un autre côté, les « preuves » de la thèse sont légères en comparaison de ce qui me justifie à croire à l’histoire et à la psychologie humaines ordinaires.

Cette manière irrationnelle de gérer les coûts et les bénéfices de l’enquête éclate au grand jour lorsqu’on considère le vice initial de l’épistémologie conspirationniste, soit : le fait d’inverser fondamentalement les règles de l’enquête. En supposant d’emblée que les témoins et les experts ne sont pas dignes de foi, le conspirationniste a implicitement stipulé que les événements réels nous sont occultés, donc qu’une conspiration est à l’œuvre. La charge de la preuve revient alors à celui qui veut montrer qu’il s’agit d’autre chose que les Illuminati. Ce faisant, le partisan des Illuminati viole une règle logique de base : on peut prouver que quelque chose existe (en l’exhibant), mais on ne peut pas radicalement prouver que quelque chose n’existe pas, sinon en montrant que son idée même est contradictoire (comme un cercle carré). Certes, on peut démontrer que la probabilité de son existence est quasi nulle, ou qu’il n’est pas raisonnable d’y croire (les fantômes, les elfes, etc.), mais comme notre illuminatiste exige des preuves absolues, du même ordre qu’une preuve d’existence, il ne sera jamais convaincu.

Il est au contraire raisonnable de poser comme hypothèse de départ que les faits ne sont pas différents de ce que les sources officielles nous disent ; que certains événements arrivent par hasard, qu’ils sont la collusion d’intentions diverses aux conséquences imprévues. Sur cette base, il est parfois justifié de douter de certains éléments et d’en venir à concevoir une conspiration d’acteurs influents à l’origine d’un drame quelconque : les opérations sous faux drapeau existent, etc. Il y a toutefois une différence cruciale entre (a) partir de l’hypothèse d’événements explicables par le hasard, les intentions explicites des agents et ce que nous savons des lois de la nature, pour parfois, dans certains cas précis, mettre en doute cette explication au vu des données empiriques nouvelles ; et (b) partir de l’hypothèse d’agents conspirateurs pour, ensuite, examiner de manière hypersceptique toute hypothèse alternative qui viendrait mettre cela en doute. C’est ce que fait l’illuminatiste comme, de manière générale, tout conspirationniste, et c’est irrationnel.

Que répondre à un conspirationniste ?

Puisqu’il est dans le doute hyperbolique, le tenant des Illuminati – emblématique ici de la vision conspirationniste du monde – ne se laissera jamais réfuter rationnellement. On peut toutefois souligner à quoi cet Illuminatiste s’engage, au moins épistémiquement, s’il va jusqu’au bout de ses thèses – un peu comme Aristote répliquait à l’opposant du principe de non-contradiction que sa position est certes irréfutable, mais qu’il s’est lui-même soustrait de la communauté de ceux qui parlent réellement.

En premier lieu, si notre interlocuteur pense que la Révolution française comme le sida sont dus aux agissements des Illuminati, alors il doit intégralement réviser toute sa vision de l’histoire, des épidémies, de la psychologie, etc. Ce qui de proche en proche affectera l’ensemble de ce qu’il tient pour vrai… Y est-il prêt ?

En deuxième lieu, la façon dont il se fie à certaines informations (ses amis sur YouTube, etc.) tout en en dénigrant d’autres (Wikipédia ou le New York Times) lui impose, s’il est cohérent, de faire de même dans la vie pratique, et par exemple, de consulter plutôt un sorcier qu’un chirurgien s’il a l’appendicite.

En troisième lieu, s’il maintient sa croyance aux Illuminati, alors il est devant un dilemme. Soit, en s’abstenant de souscrire à ces conséquences, il accepte d’être en contradiction majeure avec lui-même, donc d’être irrationnel, mais alors la rationalité n’est plus une valeur pour lui, si bien qu’on ne voit pas trop au nom de quoi il pourrait se revendiquer du parti de la vérité, du doute méthodique, du scepticisme, de l’indépendance d’esprit, etc., contre tous les « récits officiels ». Soit il n’est pas en contradiction parce qu’il est d’accord pour payer un tel prix ; mais alors cela signifie que certaines de ses croyances – concernant la mainmise de certains sur le monde, le caractère malveillant d’une bonne partie de l’humanité, etc. – lui sont plus chères, au sens propre, que toutes les autres croyances possibles, puisqu’ezlles valent un tel prix. Et peu d’individus seraient enclins à confesser cela.

La dernière option, s’il ne se sent pas concerné par ce dilemme, c’est qu’il ne croit pas vraiment aux Illuminati, que c’est un jeu de l’esprit qui offre des plaisirs similaires à ceux d’Assasin’s Creed ou des romans de Dan Brown. Dans ce cas, il n’y a peut-être pas lieu de se fâcher, ni même de se disputer.

Par PHILIPPE HUNEMAN

Directeur de recherche à l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques (CNRS/Paris-1-Sorbonne), il s’intéresse à la biologie évolutive, notamment aux liens entre écologie et évolution, mais également aux théories du complot. Il a participé, entre autres nombreuses publications, à la rédaction des Mondes darwiniens (Syllepse, 2011).

Sfaturi pentru drumul vietii

Illustration of man walking.

De la buddisti citire

Prefacerea împrejurarilor neplacute în drum de viata este asociata cu exercitiile de rabdare.  Sase precepte sunt de urmat:

  1. Fa din orice necaz un punct de plecare
  2. Orice se petrece, nu da vina pe altii
  3. Arata-te recunoscator (ceea ce sfatuieste si Sf Pavel, în toate circumstantele, adu multumiri)
  4. Priveste ca pe un învatator (Buddha) tot ce te tulbura, si practica „golirea” (de sine)
  5. Fa ce e bine, evita ce e rau, apreciaza cât esti de nebun, cere ajutor
  6. Tot ce întâlnesti este parte din drum.

Transforming bad circumstances into the path is associated with the practice of patience. There are six mind-training (lojong) slogans connected with this:

  1. Turn all mishaps into the path.
  2. Drive all blames into one. What it is saying is: whatever happens, don’t ever blame anyone or anything else; always blame only yourself.
  3. Be grateful to everyone.
  4. See confusion as buddha and practice emptiness.
  5. Do good, avoid evil, appreciate your lunacy, pray for help.
  6. Whatever you meet is the path.

The whole paper is here:

Life is Tough. Here Are Six Ways to Deal With It

http://www.lionsroar.com/life-is-tough-six-ways-to-deal-with-it-march-2013

Dincolo de suferinta, trecând prin ea

 

Tot Lytta Basset: A suferi de unul singur, a suferi contra şi a suferi alături de cineva

Când suferim, o facem fie rămânând singuri (complexul care poate fi numit: „a suferi-fără”, sau „a suferi de unul singur”), fie îndreptând suferinţa noastră împotriva cuiva („a suferi contra”, aşa cum o fac copiii şi adolescenţii revoltaţi, de toate vârstele!), fie acceptând ca cineva/Cineva să se afle alături de noi, şi primind din partea ceea ce mândria cu greu primeşte, şi anume : milă, compasiune, solicitudine, atenţie plină de grijă.

Cel care doreşte să facă experienţa, făgăduită de Hristos în chiar pragul Patimilor, a  bucuriei pe care nimeni nu ţi-o poate răpi  (Ioan 15-17), are de luat, în confruntarea cu suferinţa, o anumită atitudine, să-i zicem, experimental, « corectă ». Pentru că bucuria promisă de Hristos, şi pe care viaţa dusă împreună cu El o face posibilă; departe de a fi în contradicţie cu obstacolele şi durerile vieţii, este o experienţă a depăşirii suferinţei – o « transcendere » a ei. Este ceva care nu ne poate fi luat, pentru că nu este de ordinul posesiunii.

 

Acest om, care poate fi oricare dintre noi, va avea de trecut prin experienţa pierderii, împăcându-se cu ea, spre a ieşi în mod deliberat din strânsoarea « suferinţei-fără » care-l închide pe om în gânduri precum : « nimeni nu mă întelege »; « cei din jurul meu, chiar dacă mă văd că sufăr, nu înteleg şi nu se sinchisesc ». Ori, mai rău: « ce am avut a dispărut iremediabil, şi de această dispariţie nu mă pot mângâia – fie că este vorba de un suflet care să mă înteleagă, o profesie care să-mi dea satisfacţii, o casă într-un mediu agreabil, în care mi-am creat obişnuinte plăcute.

Mai are, acest om, de trecut şi prin conştiinţa faptului că «  a suferi-contra » este un mod de a-ţi bate singur cuie în talpă, şi de a-ţi amplifica nemultumirile.

El mai are de acceptat, cu smerenie, că cei din jur se pot asocia, printr-o compasiune discretă (pe care cel supărat pe viaţă refuză de fapt s-o perceapă!), trăirilor mele; acceptând, totodată, faptul că ei nu vor simţi niciodată exact ceea ce simt eu…

Cel care o poate face, şi are milă de mine, oricât de stupidă şi nemotivată poate părea suferinţa mea – mie şi altora! – este Acela a Cărui prezenţă tainică în străfundurile conştiinţei mele este însăşi raţiunea mea de a fi. Pentru că acel « Cineva » mă iubeşte « nebuneşte », şi dincolo de capacitatea mea de a iubi, de a primi iubirea, şi de a accepta – dincolo de toate refuzurile, blocajele, şi estimările mele că « nu merit ».

Dar să vedem lucrurile mai de aproape, urmărind-o pe Lytta Basset.

 „Convingerea că celuilalt nu-i pasă de mine se hrăneste din fantasma că el nu suferă deloc, sau nu la fel de mult ca mine, ceea ce înseamnă că fac din suferinţa mea personală un absolut: ceea ce trăiesc este in-comparabil : deci dacă « măsor » ceea ce trăieste altcineva (« suferă mai puţin ori mai mult decât… »), îi contest dreptul de a-şi trăi şi el suferinţa ca pe un absolut in-comparabil. Mă închid atunci într-o contradicţie mortiferă: pe de o parte sunt convins că el nu suferă, ori nu la fel de mult, pe de alta, că el stie cât de cumplit  sufăr eu.

Dar cum ar putea altcineva/Celălalt să ştie prin ce trec dacă nu ar trăi şi el dinăuntru propriul său absolut de suferinţă solitară? Originea modului acesta de « a suferi de unul singur » nu este oare de căutat în zorii vieţii? Pe cât este de convins copilul mic că părinţii ştiu cât suferă el, pe atâta nu ne este în fire să credem că şi celălalt suferă în chip in-comparabil. Dacă avem de făcut un drum lung ca să recunoaştem suferinţa celuilalt, aceasta se petrece pentru că suferinţa noastră a început prin a ne izola. Iată punctul de unde plecăm, sclavia suferinţei « de unul singur » care ne-a făcut impermeabili la suferinţa celorlalţi, până la orbire : îi rămânem exteriori, aşa cum ceilalţi rămân şi ei în afara suferinţei noastre, cu deosebirea că noi credem că ei o fac anume”.

 

Şi totuşi, convingerea iniţială era corectă, şi pe ea se sprijină afirmaţia biblică (Iov) : celălalt, şi cu atât mai mult Dumnezeu, poate simţi că noi suferim. Şi putem regăsi urma acestei convingeri atunci când am fost auziţi de cineva care ne-a lăsat să ne exprimăm suferinţa. Când o persoană este vizibil răscolită de trăirile noastre sfâşietoare, ne dă impresia că «  a înţeles », că « ştie », cu o ştiinţă specială, care nu e de ordin intelectual ; nu avem dovezi, ci certitudinea că aşa este. De aceea, putem pune capăt suferinţei  îndreptate « contra », care se sprijină pe fantasma indiferenţei altora.

În acest sens, se poate spune că nesocotim la fel de mult suferinţa altora cât nesocotim suferinţa lui Dumnezeu. Oare nu aceasta să fie raţiunea pentru care se afirmă, în Crez, că Iisus a suferit pentru noi sub Ponţiu Pilat? Suferinţa Mântuitorului, ca şi cea a unei alte persoane, este obiectul unui act de credinţă.

Suferinţa altcuiva nu se vede, nu-i avem niciodată dovada, trebuie să credem în ea, şi cu atât mai mult atunci când este vorba de un Dumnezeu nevăzut! Punem capăt fantasmei că ceilalţi, lumea, Dumnezeu, sunt indiferenţi, de îndată ce « depunem » acest act de credinţă : şi altcineva decât mine suferă. Şi ajunge să crezi acest lucru despre un individ, ca el să devină credibil despre întreaga omenire.

Dacă un asemenea act de credinţă mi se pare imposibil, aceasta nu este din rea-voinţă nici pentru că am decis să deţin premiul întâi al suferinţei, ci pentru că mi-e frică de neantul în care mă va arunca împărtăşirea ei : dacă pun în legătură suferinţa mea cu cea a altora, pun capăt « suferinţei-contra », şi  fac în acest fel un soi de salt în gol.

Pentru Lytta Basset, « săritura aceasta peste abis este actul de credinţă prin excelentă, fără de care nu se va naşte vreodată compasiunea, fără de care Biserica moare, fără de care Dumnezeu devine caricatura unui Altcineva indiferent. Actul de credinţă se adresează mai întâi spiritului, inteligenţei «  de bună-credinţă »… până ce, într-o zi, îl trăieşti cu inima şi măruntaiele compasiunii. »

Ca să pot ieşi din meandrele suferinţei « contra », hrănită din închipuirea că  experienţa mea dureroasă este întâmpinată de alţii exclusiv prin indiferenţă, şi că urmează să dispreţuiesc la rândul meu tot ce am trăit şi trăiesc dureros, privindu-mi experienţa ca pe ceva totalmente patologic, nerezonabil, detestabil? Cum să evit să exclud şi să mă exclud?

Primul lucru, este să recunosc realitatea experienţei mele, şi faptul că ea este a mea.

Al doilea, este tot un act de credinţă : în mine, ca fiinţă omenească unică şi de neînlocuit, avându-şi valoarea sa, în afara oricărei comparaţii cu un standard ori altul.

„Sunt convinsă – scrie Lytta Basset – că există întotdeauna ceva sănătos, solid, « sfânt » într-o fiinţă omenească, fie şi în miezul fantasmei celei mai nebuneşti, ceva care vine de la Dumnezeu, ceva care ţine de « adevăr »: în mijlocul buruienilor sau a pietricelelor între care se pierde cuvântul cceluilalt /Celuilalt, există întotdeauna o bucăţică de teren fertil, unde poate încolţi o sămânţă.”

Acceptând această mică moarte a egolui, care este acceptarea deschiderii, acceptarea confruntării cu ceilalţi, inclusiv prin comunicarea suferinţei mele « in-comparabile », altfel spus « dezarmându-mă », renunţând la tot ce ţine de « a suferi împotriva celorlalţi », voi putea păşi pe un drum nou către viaţă.

Poate despre aşa ceva este vorba în mărturia patriarhului Athenagoras,  care merită recitită din când în când şi meditată cu atenţie.

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Trebuie luptat cu sine: e bătălia cea mai grea. Trebuie să ajungi să te dezarmezi. Am purtat acest război cu mine însumi ani în sir, şi a fost cumplit. Dar acum, iată, sunt dezarmat.

Nu mai mi-e frică de nimic, pentru că « dragostea deplină alungă frica ». M-am descotorosit de dorinţa de a avea mereu dreptate, de a mă justifica descalificându-i pe alţii. Nu mai stau la pândă, cu grija de a nu fi jefuit, cu mâinile încleştate pe bogăţiile mele.

 Primesc şi ofer. Nu mai ţin în mod deosebit la ideile mele, la proiectele mele. Dacă cineva îmi arată altele mai bune, nu neapărat mai bune, ci numai bune,  accept fără regret. Am renunţat la comparativ. Ce este bun, adevărat, real, este totdeauna pentru mine şi cel mai bun.

De aceea nu mai mi-e frică. Dacă ne dezarmăm, dacă ne eliberăm de obsesia de a poseda, dacă ne deschidem înaintea Dumnezeului-Om care face toate lucrurile noi, atunci El şterge tot trecutul cel rău, şi ne dă înapoi un timp nou, în care  totul e cu putinţă.