Comment « descendre » dans « la crypte » de son cœur ?

Pratiquement, comment faire pour aller vers cette intériorité ? Pour accueillir Celui qui est prière en nous, que nous ne voyons pas, que nous ne sentons pas ? Question et réponse par Françoise Froidevaux

 

L’expérience de convertis nous dit que ce cœur profond, ce lieu de la foi, peut être approché, réveillé par une attitude du corps.

Charles de Foucauld s’approche du confessionnal  de l’Abbé Huvelin pour prendre rendez-vous et discuter, mais il entend, à deux reprises: « Mettez-vous à genoux et confessez-vous! » Pas de discussions, même très spirituelles, mais une pratique d’humilité du corps :

«  Mettez-vous à genoux» et des lèvres : << Confessez-­vous».

La tête de Charles de Foucauld n’est pas encore capable de foi, mais ses genoux peuvent exprimer quelque chose. On pourrait dire aussi que le corps sait des choses qu’ignore la tête. En se mettant à genoux, Charles de Foucauld fait, sans le savoir, l’acte de foi qu’il cherchait et il dit son mal et l’expose ainsi à la miséricorde. Quand il sort du confessionnal, il n’a plus de problèmes de foi. Il est en relation vive avec le Dieu de Jésus-christ.

Madeleine Delbrêl, femme et chrétienne dans le milieu marxiste de la ville d’Ivry,  raconte sa conversion.

Quand elle commence à se poser la question « Dieu existerait-il ?», elle écrit : «Si je voulais être sincère, écrit-elle, Dieu n’étant plus rigoureusement impossible, ne devait pas être traité comme sûrement inexistant. Je choisis donc ce qui me paraissait le mieux traduire mon changement de perspective: je décidai de prier. Dès la première fois, je priai à genoux… » Madeleine Delbrêl commence donc par faire. Avant même de croire, elle prie, et elle prie à genoux. Les idées peuvent toujours tromper, le corps ne trompera pas. Dieu n’a pas refusé de se révéler à cette femme qui a su Le prier à genoux avant même de le connaître. Il lui a confié un message spirituel qui fait vivre beaucoup d’hommes et de femmes.

De même pour Etty Hillesum, le processus qui l’y a conduite semble le même que pour Charles de Foucauld ou Madeleine Delbrêl. Très curieusement, le combat personnel d’Etty, lorsqu’elle commence à entrevoir un monde spirituel, prend une tournure très concrète : la question, pour elle, est de savoir s’il faut, si elle peut, si elle veut s’agenouiller, éventuellement joindre les mains, et prononcer le Nom de Dieu. Ces actes simples qui, à nous chrétiens, vont pour ainsi dire de soi, ont pour elle une telle plénitude, un tel poids, qu’elle ne peut s’y résoudre d’emblée. Voici ce qu’elle dit: « Et Dieu? La fille qui ne savait pas s’agenouiller a fini par l’apprendre, sur le rude tapis de sisal d’une salle de bains un peu fouillis »   (d’après une conférence du Père Ghislain Lafont)

Il n’y a pas de méthode pour être présent à quelqu’un dans l’amour. Mais l’expérience chrétienne depuis 2000 ans a noté des points de repères fondamentaux.

   La porte d’entrée dans la prière est très importante. Passer 5 à 10 minutes à d’abord accueillir ce que je suis dans ma réalité tel que Dieu m’a créé  et doucement entrer en relation vivante avec Dieu qui  m’attend. Cette porte d’entrée est valable autant pour la méditation que pour l’oraison et la lecture de la Parole.

C’est comme à la piscine : d’abord passer au  vestiaire pour se préparer (lieu, corps), puis on s’approche du bord de la piscine avec l’écoute de la Parole mais attention à  ne pas partir avant le plongeon : cœur à cœur où je choisis de faire confiance à la Parole, et de dire : je crois en Toi.

 

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