Voici le corps brisé

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« Voici l’agneau de Dieu. »
Évangile selon saint Jean, chapitre 1, verset 29
 
Méditation de fr Thierry-Marie Courau, Paris
Sur ce détail du tableau (La crucifixion, par Mathias Grünewald),
Jean le Baptiste survient dans le désert des vies et désigne le corps brisé, tordu sur la croix, l’Agneau de Dieu, pour qu’en le voyant, la Parole qu’Il est soit reçue.
 

Nous aussi, aujourd’hui, nous cherchons le sens de la vie, le sens dans le chaos de notre vie, dans sa complexité et sa dispersion. Il vient à nous dans la Parole.

Entre le travail et le divertissement, quel temps nous reste-t-il pour la voir, l’entendre et l’écouter ? Pour lui donner sa chance de venir nous toucher, voire nous blesser, et nous conduire au sens ? Mais où se donne-t-elle ? Comment la trouver ? Comment la chercher ? Comment se laisser trouver par elle et en faire l’expérience vive ?

En l’Amour, corps et Parole ne font qu’un. Rencontrer la Parole de Dieu demande de voir le corps qui lui donne sa forme : « Ceci est mon corps » .

Le corps de la Parole vient à nous de multiples manières. Le Triduum pascal, qui s’ouvre à partir de demain, jeudi, est un temps privilégié pour voir et « re-ce-voir » le corps ainsi désigné.

C’est le moment de prendre le temps de lire et de relire ne serait-ce qu’un Évangile du début à la fin.

C’est le moment de se mettre à l’écoute des oubliés que nous croisons sur nos routes.

C’est le moment de reconnaître dans un croyant d’une autre manière un signe du Royaume qui ne cesse de venir à nous par lui.

C’est le moment de s’engager dans un travail de réconciliation en le confiant au Christ.

La « Parole en corps » est là, à proximité. Rendons-nous disponibles au désir qui grandit en nous, qui nous envoie au désert où, sans nul doute, un Jean-Baptiste nous la fera voir. Il ne tiendra qu’à nous de recevoir ce corps en son Eucharistie.

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Comprenne qui peut…

Un texte d’Adrienne von Speyr, mystique suisse, 1902-1967

„Le samedi saint, le Seigneur se trouve tout d’abord au milieu des deux extrêmes; d’un côté se trouve l’œuvre du pur amour : la croix, de l’autre côté l’œuvre de la pure justice : l’enfer. Et il voit ce que le Père fait des deux : il voit la synthèse.

Il y a ici une prévenance réciproque de la part du Père et de la part du Fils. La prévenance du Fils consiste en ce qu’il a déposé sa rédemption auprès du Père pour être initié au mystère du Père. Par sa souffrance sur la croix, il a en main la clef de la rédemption; en soi, il pourrait absoudre toutes les âmes tout de suite et tout simplement les conduire au ciel.

Mais cela se ferait sans tenir compte du Père, cela ne se ferait donc pas dans l’unité de l’amour du Père ni à l’intérieur de sa mission. C’est pourquoi il doit se porter à la rencontre de la justice du Père.

Le Père vient à la rencontre du Fils en ne lui montrant pas en premier lieu l’enfer nu, mais la synthèse de l’enfer et de la croix, donc l’effet de l’amour du Fils à l’intérieur de la pure justice. Avant la croix, il n’y avait que l’enfer définitif. Il n’y a de purgatoire que par l’acte rédempteur du Fils. Et le Père montre au Fils qu’il n’est pas sans être influencé par la rédemption, même si cette rédemption demeure provisoirement déposée auprès de lui, le Père.”

 

Sur Adrienne von Speir, in La Croix, 24.03.16

La Croix  : Les Éditions Johannes Verlag ont entrepris de publier les œuvres d’Adrienne von Speyr en français, pourquoi ?

Julien de Vulpillières : Les Éditions Johannes Verlag ont été fondées en 1947 en Suisse par le P. Hans Urs von Balthasar pour éditer l’œuvre d’Adrienne von Speyr, dont il était le directeur spirituel, ainsi que ses propres écrits. Après soixante-cinq ans de publications en allemand, elles ont souhaité publier cette œuvre en français, en rassemblant et complétant les traductions déjà existantes. C’est un très long travail qui s’annonce.

Quel est le public visé ?

J. de V. : Adrienne von Speyr peut parler à tout le monde. Elle commente l’Écriture et conduit à la méditation. Mais cette lecture peut rebuter parce qu’elle affirme ce qu’elle a à dire avec une certaine autorité et met devant la conversion. Les gens simples n’ont aucun souci avec cela et ils ont un accès immédiat à elle.

En revanche, elle peut mettre mal à l’aise ceux qui prétendent avoir quelque idée arrêtée sur Dieu, l’Écriture, la vie chrétienne, ceux qui reprennent le grand mot des pharisiens : « Nous nous savons… » (voir Jn 9, 24), si bien qu’il n’y a pas de place en eux pour autre chose. Adrienne von Speyr aimait à dire : « Dieu est autrement », toujours au-delà.

Selon le P. Balthasar, le discernement spirituel est un trait caractéristique d’Adrienne von Speyr. En quoi est-elle ignatienne ?

J. de V. : Par la place donnée à Dieu, certainement. Pour saint Ignace, à deux choses équivalentes, on choisira de travailler « à ce qui donne plus grande gloire à Dieu ». Adrienne von Speyr est attentive aussi au « toujours davantage », le« semper magis » ignatien, cette recherche d’une plus grande disponibilité à Dieu tout en étant entièrement présent à ce qu’on fait – elle était médecin, femme mariée, mère de famille, avec un grand sens du concret.

La dimension mystique s’est manifestée très tôt chez elle. À 6 ans, alors qu’elle grandit dans une famille protestante, elle rencontre un homme qui boite et rayonne « une grande pauvreté » et en qui elle a très clairement reconnu, ensuite, saint Ignace.

Quel rapport y a-t-il entre cette dimension mystique et ses écrits ?

J. de V. : Adrienne von Speyr ne parle jamais d’elle-même et reste très discrète sur cet aspect-là. Elle a vécu ses expériences particulières comme un service à une personne donnée et plus généralement à l’Église.

Selon le P. Balthasar, son charisme propre est un charisme de prophétie, c’est-à-dire d’interprétation de l’Écriture. Finalement, seul son commentaire de l’Apocalypse, la révélation confiée à saint Jean dans une vision, traite de la mystique comme telle, comprise comme un service à l’Église.