A World Teacher At His 92nd Anniversary

Our own life has to be our message. —Thich Nhat Hanh

„In his ninety-second year, Thich Nhat Hanh is recognized as one of the world’s most influential spiritual teachers. His bestselling books have taught dharma and mindfulness to millions. He has inspired generations of peace and environmental activists. He has gathered a devoted community that will carry his teachings into the future. He has helped take Buddhism out of the monasteries and temples into every aspect of our lives today. He has created immense benefit.

With His Holiness the Dalai Lama, Thich Nhat Hanh is the leading voice of Buddhism in the West. He has sold more than three million books in America alone, including classics such as Being Peace, The World We Have, The Miracle of Mindfulness, and The Heart of the Buddha’s Teachings. Translated into thirty-five languages, his more than one hundred titles range from accessible teachings on mindfulness in daily life to scholarly works on Zen, sutras, and Buddhist psychology, plus children’s books and poetry.

In his books and teaching, Thich Nhat Hanh has applied Buddhist philosophy and practice to relationships, politics, community, environmentalism, policing, and international affairs. He launched Wake Up, a worldwide movement for young people to train in mindful living, and created an international Applied Ethics program to train teachers to teach mindfulness in schools.

Thich Nhat Hanh has created a worldwide community of more than six hundred monastics and tens of thousands of lay students. Plum Village in France remains the community’s most important monastery and program center, and in the U.S. he has established Deer Park Monastery in Escondido, California; Blue Cliff Monastery in Pine Bush, New York; and Magnolia Grove Monastery in Batesville, Mississippi. Lay students can join more than a thousand practice communities in cities and towns throughout North America and Europe.

Thich Nhat Hanh’s vision of a socially and politically engaged Buddhism has developed into a worldwide movement that inspires Buddhists of all schools who are committed to peace, social justice, and protecting the environment. Nhat Hanh himself has led peace marches, addressed the U.S. Congress, and brought Israelis and Palestinians together to meditate. The year he turned eighty, he delivered an address to UNESCO calling for a reversal of the cycle of violence, war, and global warming.

In November of 2014, Thich Nhat Hanh suffered a serious stroke. It would be ten months before he would speak again, and then only a few words. While he is not expected to resume his public role, his teachings will continue. A treasury of profound writings, a vibrant sangha, and tens of thousands of inspired practitioners will bring his message to future generations. Above all, as he wrote in The World We Have, “Our own life has to be our message.” His life of courage, compassion, and enlightenment is his greatest teaching.”

From LION’S ROAR 

The Life of Thich Nhat Hanh

Une année commence

Dans le monde juif.

Dès ce dimanche soir, on sera en 5779 !

Wikipedia: Roch Hachana (hébreu : ראש השנה לשניםroch hachana lachanim, « commencement de l’année pour les années civiles ») est une fête juive célébrant la nouvelle année civile du calendrier hébraïque. Appelée « jour de la sonnerie » ou « du souvenir de la sonnerie » dans la Bible, elle est également considérée dans la tradition rabbinique comme le jour du jugement de l’humanité, inaugurant ainsi une période de dix jours de pénitence dans l’attente du grand pardon accordé aux repentants à Yom Kippour.

Elle est fêtée les deux premiers jours du mois de tishri, en terre d’Israël comme en Diaspora. Ces jours ont lieu, selon les années, en septembre ou en octobre dans le calendrier grégorien.

Le rite principal de cette fête solennelle est la sonnerie du chofar, corne de bélier dans laquelle on souffle sur différents rythmes pour inviter l’assemblée au repentir et à l’introspection. Une coutume plus tardive s’est développée dans de nombreuses communautés de consommer des mets symboliques dans un but propitiatoire.

Il est de coutume, depuis le Moyen Âge, d’inclure dans sa correspondance les vœux que le destinataire soit « inscrit et scellé pour une bonne année ». Ces souhaits sont réitérés en sortant des synagogues lors des deux soirs de la fête (on ne le fait pas en journée car le jugement est en cours).

Nourriture symbolique du Roch Hachana.

 

Les Juifs devant manifester leur confiance en la mansuétude divine par la joie, les repas de fête sont dignes de l’occasion. La table comporte des aliments symbolisant, parfois par des jeux de mots, l’année que l’on espère heureuse et les aliments aigres ou âpres sont évités. Cette coutume, déjà mentionnée dans le Talmud, a connu diverses variantes et été fortement développée par les kabbalistes de Safed en un séder de Roch Hachana.

http://www.consistoire.org/112.le/287.roch-hachana:

Roch Hachana, littéralement „Tête de l’Année” est le Nouvel An juif.

Il rappelle :

– La création d’Adam et Eve, créés à l’image divine, et dont descend l’humanité tout entière.

– La ligature d’Isaac, quand l’Eternel refusa le sacrifice humain pour le sacrifice animal.

La leçon de Roch Hachana est double : L’humanité dans son ensemble, peuples, individus, est jugée par le Juge suprême, afin de souligner le partenariat irréversible qui existe entre le Créateur et ses créatures. Ce jugement divin fait écho à la liberté et à la responsabilité des hommes, les uns par rapport aux autres.

Comme Adam puis Caïn, chaque personne doit répondre à Roch Hachana à deux questions : « Où es-tu ? » et « Où est ton frère ? »

En refusant le sacrifice d’Isaac, l’Eternel a enseigné que le service divin ne pouvait passer que par le sacrifice de son animalité intérieure et non par l’assassinat de l’homme.

En écoutant la corne de bélier (chofar), nous nous rappelons ces leçons, afin de revenir vers notre Père et d’accepter sa volonté.

choffar

Sources bibliques

«Et l’Eternel parla à Moché en ces termes : Parle aux enfants d’Israël en ces termes : Et le septième mois, le premier du mois sera pour vous jour chômé, souvenir de sonnerie, appel de sainteté, vous ne ferez aucun travail, et vous approcherez des sacrifices au nom de l’Eternel.»

(Lévitique Vayikra XIX).

« Et le septième mois, le premier du mois sera un appel de sainteté pour vous, ce sera un jour de sonnerie. »

Sens

A Roch Hachana, tous les habitants de la terre passent devant Lui comme le troupeau du berger, ainsi qu’il est dit : „Celui qui a façonné ensemble leur cœur, distingue tous leurs actes.” 

(Traité Roch Hachana 16a)

« Pourquoi sonne-t-on d’une corne de bélier à Roch Hachana ? Ainsi répond le Saint, béni soit-Il : Sonnez devant mois la corne de bélier, afin que Je me souvienne, pour vous, de la ligature d’Isaac fils d’Abraham et J’en tiendrai compte comme si chacun d’entre vous avait été lié devant Moi. »

(Ibid.)

« Trois livres sont ouverts à Roch Hachana, le premier pour les vrais pervers, un autre pour les justes parfaits et un troisième pour les individus moyens. Les justes parfaits sont immédiatement inscrits dans la livre de la vie, les méchants immédiatement inscrits dans la livre de la mort, quant aux moyens leur jugement est suspendu de Roch Hachana à Kippour, s’ils sont méritants ils sont inscrits pour la vie, s’ils ne sont pas méritants, ils sont inscrits pour la mort. »

(Ibid.)

« Les anges du service divin ont demandé au Saint, béni soit-Il : Maître du monde pourquoi Israël ne récite-t-il pas de chants de louange à Roch Hachana et à Kippour ? Il leur dit : Est-ce possible qu’au moment où le Roi est assis pour juger et devant qui les livres de la vie et de la mort sont ouverts, qu’Israël entonne des chants ? »

(Ibid. 32b)

« Bien que la mitsva de sonner le shoffar à Roch Hachana soit un décret divin, il s’y trouve une allusion, à savoir : „réveillez-vous de votre sommeil, et vous les endormis levez-vous de votre somnolence” faites un bilan de vos actes, revenez en repentir et souvenez-vous de votre Créateur. Et vous qui oubliez la vérité par la perte de temps, et qui perdez vos années en vanité et en leurre sans aucune valeur, observez votre âme, considérez vos conduites et vos fautes et que chacun abandonne son mauvais chemin et ses mauvaises pensées. »

(Rambam. Lois sur le repentir)

Le seder de Roch Hachana

seder

seder

Dinim & Lois pratiques

Veille de Roch Hachana

1 – Certains ont l’habitude de jeûner la vieille de Roch Hachana, afin de bien se préparer spirituellement et d’entrer dans le grand jugement avec crainte et humilité (Maran 581, 2. Ben ich Haï paracha Nitsavim).

2 – On ne récite pas les supplications, tahanounim, la veille de Roch Hachana, ni à chaharit, ni à minha, et bien qu’elles aient été récitées aux Sélihot, car Roch Hachana possède malgré tout un caractère de fête. (Maran ibid., 3). De même, on ne sonnera pas le shoffar, afin de marquer une interruption avec le jour de Roch Hachana lui-même, où la mitsva du jour consiste justement à écouter le shoffar. (Maran ibid.)

3 – Certains ont l’habitude d’aller se recueillir au cimetière sur les tombes de leurs parents ou des rabbins et de réciter des prières de circonstance (voir livre de Roch Hachana). Mais on ne priera pas les morts, et on adressera sa prière à l’Eternel en évoquant le mérite de ceux qui ne sont plus. (Rama 581, 4. Michna béroura note 27. Kaf hahaïm note 95). Comme d’habitude, le Cohen ne pourra se rendre au cimetière.

4 – Nous nous lavons et nous nous rendons chez le coiffeur la veille de Roch Hachana, pour témoigner de notre confiance en l’Eternel qui pardonnera nos fautes (Maran ibid., 4). Certains ont l’habitude de se tremper dans un bain rituel, mikvé, à défaut on prendra une douche en versant sur son corps 12,5 litres d’eau. (Rama ibid. Michna béroura 26. Ben ich Haï ibid.)

5 – Dans beaucoup de communautés, on procède à l’annulation des vœux, hatarat nédarim, après l’office, afin de ne pas garder le poids d’engagements qu’on n’aurait pas tenus. (Hayé Adam ibid.)

Prières de Roch Hachana & cérémonies du soir

1 – A la prière du soir, on récite le poème liturgique ahot kétana « Petite sœur » qui porte en refrain « que l’année se termine avec ses malédictions » et qui s’achève par « que commence l’année et ses bénédictions. » Puis l’on entamera les psaumes du jour et la prière avec crainte et humilité devant le Juge suprême. (Hayé Adam 139, 1).

2 – Dans la troisième bénédiction de la amida on termine : « Béni sois-Tu Roi de sainteté », ha mélekh haqadoch, et non „Dieu de sainteté” comme toute l’année. Si l’on se rend compte de son erreur immédiatement, on se corrigera, sinon on recommencera depuis le début. (Maran 582, 1).

3 – Dans la amida, on rajoute des formules de supplication comme « Inscris-nous dans la vie … » ou « Qui est comme Toi. » Si on a omis ces passages on ne se reprendra pas. (Maran ibid., 5 et Rama).

4 – A la fin de l’office, on se congratulera l’un l’autre par la formule « que tu sois inscrit pour une bonne année de vie », léchana tova tikatev. (Rama 582, fin).

5 – A la maison, la table sera dressée, les lumières allumées en signe de bénédiction et de joie. Puis l’on procédera au kiddouch des fêtes et récitant, les deux soirs la bénédiction chéhiyanou, et on a l’habitude le second soir de mettre sur la table un nouveau fruit, mais ce n’est pas obligatoire (Ben ich Haï ibid.)

6 – Certains ont l’habitude de procéder à la cérémonie du soir de Roch Hachana avant le lavage des mains et d’autres après. Chacun suivra sa coutume paternelle. On apportera donc sur la table toutes sortes d’aliments dont le nom ou le goût évoque de bons présages, comme les dattes, la grenade, la pomme au miel, la blette, la courge, le sésame, etc. Dans le cas où l’on prendrait cette collation avant le lavage des mains, on commencera par réciter la bénédiction sur les dattes (boré péri aets) puis sur un légume (boré péri adama). Dans le cas où l’on aurait déjà fait nétilat yadayim, alors on ne récitera pas du tout boré péri adama. En ce qui concerne la formule de yéhi ratson (cf. les livres de Roch Hachana), l’idéal est d’agir ainsi : on récite boré péri aets sur la datte, on en goûte un peu, puis on récite yéhi ratson et l’on finit le fruit, (de même pour le légume, si on le consomme avant nétilat yadayim. Ensuite on consommera tous les aliments en récitant le yéhi ratson adéquat. (Resp. Yéhavé daat I, 51).

7 – Le matin on récitera avant Hachem mélekh, Hachem hou HaElokim (bis) et ce durant les dix jours de téchouva. de même le psaume mimaamakim entre yichtabah et le yoster, et Avinou malkénou après la amida (Kaf hahaïm 582, notes 13 et 14). En ce qui concerne Avinou malkénou le Chabat on suivra l’usage de l’endroit, sans créer de zizanie.

8 – On se réjouira avec une belle table, et on ne jeûnera pas à Roch Hachana. (Maran 597, 1).

9 – Après l’office de minha du premier jour, on se rendra auprès d’un fleuve, d’une rivière d’un lac, pour réciter, tachlikh, qui symbolise la destruction des péchés dans la mer selon l’image du prophète Sophonie (Sophonie . Rama 583, 2). Si le premier jour tombe un Chabat, on récitera tachlikh, le second jour, afin de ne pas porter les livres durant Chabat.

Lois concernant l’écoute du choffar

1- C’est un commandement positif de la Torah d’écouter le choffar à Roch Hachana ainsi qu’il est dit ; „Ce sera un jour de sonnerie pour vous.” Du fait des conditions de l’exil, nous avons perdu la manière exacte de sonner et nous ne savons plus s’il s’agit de sons rapides et saccadés (nommés téroua et représenté dans nos livres par un R) ou s’il s’agit de sons plus longs et entrecoupés (nommés chévarim, représenté par un CH), ce que nous savons c’est ce que cette sonnerie antique était précédée et suivie d’un son long (nommé tékia, représenté par un T). Afin de nous acquitter de notre devoir, nous combinons toutes les possibilités, trois fois chacune. Ce qui donne : T.CH.R.T x 3 ; T.CH.T x 3 ; T.R.T x 3, ce qui donne un total de 30 sonneries. (Rambam Lois du choffar III,1 à 3. Maran 590, 1 et 2).

2 – Nous avons la coutume de sonner également 30 sonneries durant la lecture à voix basse du moussaf, ainsi que 30 pendant la répétition, ce qui fait 90. S’ajoutent 10 sonneries au moment du dernier Kaddish, ce qui fait un total de 100 sonneries. (Kaf hahaïm 585, note 28, 592, note 1. Resp. Yéhavé daat VI,37)

3 – Il est interdit de consommer une collation comportant plus de 56 g. de pain (kébétsa) avant d’avoir entendu le choffar. Mais une petite collation de fruits ou de pain inférieur à cette quantité est licite. (Resp. Yalkout Yossef Lois du shoffar 9)

4 – Le sonneur doit penser acquitter chaque membre de l’assemblée, et chaque membre doit penser être acquitté par le sonneur. Et il est bon que le sonneur rappelle cette règle avant de sonner. C’est pourquoi au moment de la bénédiction, les fidèles ne s’interrompront pas par la formule baroukh hou ou baroukh chémo, mais répondront simplement amen. (Ben ich Haï paracha Nitsavim 14. Kaf hahaïm ibid. Note 12, Kitsour choulkhan aroukh 129, 14.)

5- Il est interdit au sonneur et aux fidèles de s’interrompre entre la bénédiction et les sonneries. Et durant les sonneries on ne récitera pas de supplications par sa bouche, mais on pensera à se repentir sincèrement. (Resp. Yabia omer I, 36, III, 34. Resp Igrot Moché II Orah haïm 36)

6 – Une personne qui n’aurait pu se rendre à la synagogue et qui recevrait un sonneur chez elle, devra elle-même réciter les bénédictions, mais si elle ne sait pas le sonneur récitera pour elle. Et si la personne peut rester debout au moment des sonneries, elle gardera cette position. (Michna béroura 585, note 5. Ben ich Haï ibid. 17)

Lois des 10 jours de Téchouva

1 – Durant les dix jours de Téchouva, nous terminerons la troisième bénédiction de la amida par la formule „Roi de sainteté” (hamélekh hakadoch), au lieu de « Dieu de sainteté », afin de prendre conscience que l’Eternel est le Roi et le Juge suprême. Si par habitude, nous avons dit „Dieu de sainteté”, mais qu’immédiatement nous nous reprenons, nous poursuivrons la prière, par contre si nous nous rendons compte de notre erreur après coup, ou même si nous ressentons un doute, il faudra reprendre la amida à son début. (Maran 582, 1 et 2)

2 – De même, dans la bénédiction dans laquelle nous demandons le retour des juges appliquant les règles de Torah, nous conclurons « Roi du jugement » au lieu de « Roi qui aime la tsédaka et le jugement ». Là encore si nous nous sommes trompés, nous pouvons nous raviser immédiatement, sinon nous nous reprendrons au début de cette bénédiction, même dans un cas de doute. (Maran ibid. Resp. Yéhavé daat I, 57.)

3 – Le ministre-officiant mentionnera dans la bénédiction meïn chéva (bénédiction qui suit la amida) du vendredi soir « Qui est comme le Roi de sainteté ! » S’il s’est trompé, il se reprendra tant qu’il n’a pas conclu la bénédiction « qui sanctifie le Chabat » mekadech hachabat, s’il a conclu, il ne se reprendra pas. (Maran ibid. 3. Resp. Yabia omer II, 29.)

4 – Dans la amida des dix jours, nous intercalerons des formules liturgiques qui rappellent le jugement divin et notre souhait d’être inscrits dans le livre de la vie et de la paix. Si nous avons omis ces formules, tant que nous n’avons pas récité la bénédiction qui les suit, nous pourrons nous reprendre, sinon nous continuerons la prière. Il est toutefois possible de les mentionner dans la bénédiction « qui écoute la prière » choméa téfila, voire dans la conclusion « Mon Dieu garde mes lèvres. » (Kol Sinaï lois des dix jours de Téchouva 5)

5 – Durant les offices du Chabbat, nous avons l’habitude de réciter Notre Père, Notre Roi, avinou malkénou, en omettant les passages qui évoquent les fautes et les transgressions, ce qui ne sied pas avec la joie inhérente au Chabbat. Dans certaines communautés cette prière n’est pas récitée, chacun suivra la coutume du lieu sans créer de zizanie (Resp. Yéhavé daat ibid. 54)

6 – Que l’homme ne se sente point éloigné du niveau des justes qui l’ont précédé, à cause de ses transgressions et de ses fautes, mais qu’il pense qu’il est aimé et précieux devant le Créateur (qu’Il soit exalté) comme s’il n’avait jamais fauté. Et qui plus est, sa récompense sera importante, car cet homme a connu le goût du péché, et s’en est écarté en dominant sa passion. Et c’est sur lui que les sages zal ont dit : « Dans le lieu où se tiennent les repentants, même les justes parfaits ne peuvent se tenir. » (Rambam, Lois sur la Téchouva VII, 4)

„Everything begins in mysticism and ends in politics.” —Charles Péguy

From Mysticism to Politics, by Richard Rohr
Friday, July 13, 2018

Everything begins in mysticism and ends in politics. —Charles Péguy (1873-1914) [1]

In last fall’s issue of the Center for Action and Contemplation’s journal, Oneing, Wes Granberg-Michaelson, our good friend and neighbor here in New Mexico and the former General Secretary of the Reformed Church in America, traced the path between mysticism—which is actual experience of God or Universal Love—and politics:

„Transformative change in politics depends so much on having a clear view of the desired end. Where does that vision come from? Possibilities may be offered by various ideologies, or party platforms, or political candidates. But, for the person of faith, that vision finds its roots in God’s intended and preferred future for the world. It comes not as a dogmatic blueprint but as an experiential encounter with God’s love, flowing like a river from God’s throne, nourishing trees with leaves for the healing of the nations (see Revelation 22:1-2). This biblically infused vision, resonant from Genesis to Revelation, pictures a world made whole, with people living in a beloved community, where no one is despised or forgotten, peace reigns, and the goodness of God’s creation is treasured and protected as a gift.

Such a vision strikes the political pragmatist as idyllic, unrealistic, and irrelevant. But the person of faith, whose inward journey opens his or her life to the explosive love of God, knows that this vision is the most real of all. It is a glimpse of creation’s purpose and a glimmering of the Spirit’s movement amid the world’s present pain, brokenness, and despair. This vision also recognizes the inevitable journey of inward and outward transformation—the simultaneous, continuing transformation of the inward hearts of people liberated by God’s astonishing grace and the outward transformation of social and economic structures liberated by God’s standards of justice.

So, for the Christian, politics entails an inevitable spiritual journey. But this is not the privatized expression of belief which keeps faith in Jesus contained in an individualized bubble and protects us from the “world.”. . . Rather, it is a spiritual journey which connects us intrinsically to the presence of God, whose love yearns to save and transform the world. We are called to be “in Christ,” which means we share—always imperfectly, and always in community with others—the call to be the embodiment of God’s love in the world. . . .

The necessary detachment from this ugly and injurious present political climate depends upon our inner attachment to the mystery of God’s unbounded grace and divine, creative love. That is the foundation from which we can witness to truth, nurture community, and build essential bonds of solidarity with those who suffer. More than ever, politics which offers redemptive hope will begin with mysticism.”

[1] Charles Péguy, Notre Jeunesse (Paris: Cahiers de la Quinzaine, 1910), 27. Original text: “Tout commence en mystique et finit en politique.”

Wes Granberg-Michaelson, “From Mysticism to Politics,” “Politics and Religion,” Oneing, vol. 5 no. 2 (Center for Action and Contemplation: 2017), 17, 21.

„Despre adevar si minciuna”

http://dilemaveche.ro/sectiune/dilemablog/articol/adevar-si-minciuna

Final articol Ana Maria Sandu

„Recitiți interviul acesta cu Ciprian Mihali de pe PressOne.ro, pentru o mai bună contextualizare a lumii a post-adevărului în care trăim. „Pentru ca minciunile să poată fi înghiţite uşor, adică să nu-i trezească din somn pe cei care le aud, e nevoie ca ele să fie formulate în cuvinte cît mai puţine şi cît mai des repetate, dar rostite teatral pe scenele publice oferite cu atîta generozitate de industriile mediatice, ele însele complice şi supuse acestui spectacol (…). O afirmaţie absurdă spusă o dată poate fi percepută ca absurdă, deci necredibilă. Repetată însă de o mie de ori, ea nu este în fond mai puţin absurdă, doar că devine credibilă. Iar credibilitatea ei se obţine prin credulitate, expresia cea mai înaltă a abandonării oricărui simţ critic”, spune Mihali.

Exact acesta a fost unul dintre reproșurile aduse opoziției de actuala putere, maestră absolută la capitolul manipulare: „Prezentaţi răul ca fiind bine, iar binele ca fiind rău. Am credinţă în puterea adevărului, în inteligenţa acestui popor, care a dovedit în nenumărate rînduri că nu se lasă manipulat şi e capabil să distingă între adevăr şi minciună. Ecuaţia va fi cît se poate de simplă, dvs.aţi tăiat, noi am majorat pensiile şi salariile”, a mai spus Dăncilă.

Philip Roth credea „că trăim într-o lume în care minciuna e regină”. S-ar putea ca în curînd marile bătălii să nu se mai dea pe resurse, ci pe alchimia transformării adevărului în minciună și invers.”

Roots of Liberation

By Fr Richard Rohr

„One of the great themes of the Bible, beginning with the Hebrew Scriptures and continued by Jesus and Paul, is “the preferential option for the poor.” I call it “the bias toward the bottom.” The Hebrew people’s exodus out of slavery, and YHWH’s complete identification with them, is the pattern of our universal spiritual journey to liberation.

Moses, himself a man at “the bottom” (a murderer on the run, caring for his father-in-law’s sheep), first encounters God in an ordinary bush that “burns” without being consumed (Exodus 3:2). Moses’ experience is both external and interior, earth-based and transcendent: “Take off your shoes, this is holy ground,” he hears (3:5). Awestruck and fully present, Moses is able to perceive God’s surprising call: “I have heard the groaning of my people in Egypt. You, Moses, are to go confront the Pharaoh and tell him to let my people go” (3:9-10).

Here we have the perfect integration of action and contemplation. First, the contemplative experience comes—the burning bush. Immediately it has social, economic, and political implications. There is no authentic God experience that does not situate you in the world in a different way. You see things differently, and you have the security to be free from your usual loyalties: privilege, position, group, and economy. Yet this transformation has costly consequences. Moses had to leave Pharaoh’s palace to ask new questions and become the liberator of his people.

The Exodus story is the root of all liberation theology, which Jesus then teaches and fully exemplifies (see Luke 4:18-19). It is obvious that he is primarily a healer of the poor and powerless. Liberation theology focuses on freeing people from religious, political, social, and economic oppression (i.e., what Pope John Paul II called “structural sin” and “institutional evil”). [1] It goes beyond just trying to free individuals from their own naughty behaviors, which many people identify as the only meaning of sin. In our individualistic society, structural sin is accepted as good and necessary on the corporate or national level.

Large companies, churches, and governments get away with and are even applauded for killing (war), greed, vanity, pride, and ambition. The capital sins are rewarded at the corporate level but shamed at the individual level. This is our conflicted Christian morality!

Instead of legitimating the status quo, liberation theology tries to read history and the Bible not from the side of the powerful, but from the side of the pain. Its beginning point is not sin management, but “Where is the suffering?”

The world tends to define poverty and riches simply in terms of economics. But poverty has many faces—weakness, dependence, and many forms of humiliation. Essentially, poverty is a lack of means to accomplish what one desires or needs, be it lack of money, relationships, influence, power, intellectual ability, physical strength, freedom, or dignity.

God hears the cry of the poor. And we, created in God’s image and likeness, must do the same to be like God.”

 
 

[1] Pope John Paul II’s encyclical Sollicitudo Rei Socialis (On Social Concern, December 30, 1987) presents his thoughts in detail: http://w2.vatican.va/content/john-paul-ii/en/encyclicals/documents/hf_jp-ii_enc_30121987_sollicitudo-rei-socialis.html.

Adapted from Richard Rohr, Gospel Call for Compassionate Action (Bias from the Bottom) in CAC Foundation Set (Center for Action and Contemplation: 2007), CD and MP3 download; and
Job and the Mystery of Suffering: Spiritual Reflections (The Crossroad Publishing Company: 1998)126.

Despre Marx, la o aniversare

La bicentenarul lui Karl Marx. Un excelent memento, la o aniversare care suscita înca simpatii pentru un mare filosof, analist profetic al crizelor economice ciclice care mai bântuie înca lumea industrializata si post-industrializata. Care aprecieri pozitive ignora legatura strânsa (de la cauza la efect? – nu desigur, dar strânsa) dintre filosofia lui Marx si sângeroasa lor materializare în secolul 20.

De Ioan Stanomir, „La Punkt”.

„… scopul acţiunii lui Marx a fost acela de a oferi un ghid de remodelare al universului.Ţinta sa nu a fost doar să analizeze capitalismul, ci şi să demonstreze, ştiinţific, inevitabilitatea prăbuşirii sale. Obiectivul paginilor sale nu a fost, niciodată, unul tern- academic: intelectual revoluţionar în tradiţie iacobină, Marx a privit ideile ca pe materia primă din care se va croi alt viitor. Rândurile lui Leszek Kolakowski dedicate acestei pasiuni prometeice a lui Marx merită recitite de cei care, la bicentenar, îl separă pe Marx de domeniul acţiunii politice concrete. Ideologia marxistă este temelia raţionalismului sanguinar pe care îl practică regimurile comuniste. “Manifestul Partidului Comunist” nu este o inocentă dizertaţie academică, ci un tratat despre logica confruntăriii politice.

În marxism, ca filosofie a societăţii şi discurs asupra puterii, se află nucleul liberticid şi totalitar pe care îl va dezvolta marxism- leninismul.Marxismul oferă, o dată cu consacrarea luptei de clasă ca motor al istoriei,o legitimare a barbariei. Ambiţia marxismului este dublă: de a identifica inamicul, dar şi de a invita la lichidarea lui. Retorica “ Manifestului” este retorica pe care o vor îmbrăţişă totalitarismele comuniste: un amestec, teribil, de încredere absolută în idei şi de dispreţ pentru omul concret. Marxismul stabileşte un mecanism implacabil al determinismului, din care nici o fiinţă umană nu se poate salva. Logica marxismului politic este logica lui Procust, în toată splendoarea ei dialectică.

Comuniştii, aşa cum se ivesc ei din paginile “Manifestului”, sunt locuiţi de amoralitatea revoluţionară, obsedaţi de aplicarea schemelor unui viitor perfect. Rahmetov al lui Cernîşevki, Neceaev sau Lenin ies din acest domeniu marxist al ideilor. Ştiinţificitatea acţionează spre a suspenda morala şi a elimina compasiunea. Politica marxistă este, încă de la “Manifest”, una a exterminării. Ea refuză compromisul, în numele apelului la raţiunea istoriei.”

……….

„Lupta de clasă din “Manifestul Partidului Comunist” este spectrul ce bântuie secolul XX. Drumul pe care îl deschide Marx prin textele sale duce spre Lenin, Stalin, Castro, Mao sau Pol- Pot. Aceştia sunt autenticii moştenitori ai Ideii pe care marxismul o îmbracă în armura ştiinţificităţiii . Utopia se serveşte de stat ca de un instrument criminal, în tentativa de a extermina tot ceea ce nu se încadrează în perimetrul umanităţii ideale.

Marxismul s-a vrut a fi o filosofie a rupturii prometeice, iar totalitarismele din veacul trecut sunt imaginea, terifiantă, a istoriei în marş către viitor. Din promisiunea emancipării s-au hrănit sclavia şi barbaria. La bicentenarul naşterii lui Marx, bilanţul tiraniilor marxizante este bilanţul propriei sale ambiţii cosmogonice. Filosofia politică marxistă are în faţă oglinda aşezată de istoria insăşi, spre a–şi putea contempla chipul de Meduză.”

Karl Marx la bicentenar: lupta de clasă şi crima de stat. despre un bilanţ ideologic

Ce pot aduce campaniile de vaccinare…

… în tari ca India sau Brazilia. Eradicarea unor boli ucigase, care pareau de neînvins.

Dar în lumea noastra civilizata…? Aici bântuie campaniile antivaccin, ale carei cauze ma depasesc.

Într-un articol din „Guardian”, o mare vedeta a Bollywoodului lauda imensa realizare, de neînchipuit înca acum câtiva ani, pe care o reprezinta eradicarea poliomielitei în India.

Ma întreb si eu, ca proasta: oare ce-o fi în capul parintilor care, pe baza de zvonuri si „trenduri”, refuzând vaccinuri, pun în pericol sanatatea propriilor copii, dar si a multor altora? De unde convingerile astea pe cât de irationale, pe atât de contagioase…?

„The only way to eradicate polio is to ensure that immunisation coverage reaches virtually every child and stays high. Knowing this, these health workers set about finding every last child, often leaving their own families behind for long periods to travel to the most remote places.

And that’s not just the case in India – it’s a story that rings true all around the world, and not just for polio but for other life-threatening diseases, including pneumonia, measles, tetanus, hepatitis B or diphtheria.

Behind the phenomenal success of vaccines globally lies the hard work of millions of front line health workers who walk for hundreds of miles, navigating the dense jungles and rivers of Brazil’s Amazon region, or travel to the remote islands of the South Pacific to vaccinate every child. These journeys can be arduous, but volunteers stay the course to protect their communities. Often, they encounter fear, suspicion, and in many cases violence. And they have to combat the myths and convince parents who believe that vaccines are toxic or cause infertility.

Despite the challenges, they carry on with the same energy I saw in that stadium. As part of the largest vaccination campaign against measles and rubella, health workers are currently vaccinating more than 35 million children across India despite great resistance and challenges. In 2016, an estimated 119 million children were vaccinated against measles globally. More children are now protected than ever before.

As of 2016, an estimated 86% of children under one year of age were fully vaccinated against diphtheria, tetanus and pertussis, compared with 52% 30 years ago.

The world is almost polio-free, with only two countries recording polio cases last year. Since 2000, an estimated 20 million children’s lives have been saved through measles immunisation alone. In total, these superheroes save up to an estimated three million children’s lives every year with routine vaccination.

But they need our help. Take away continuing investment in vaccinators, health workers, doctors, transporters, scientists, warehouses, vaccines, cold-chain facilities, and mass-media campaigns, and these successes can quickly unravel.

Conflict, weak health systems, and poverty all mean that approximately one in 10 children under one year of age are still not being reached with routine, life-saving vaccines.

So, I want to ask everyone to make a difference by getting their child vaccinated, fighting rumours and fears with facts, and using social media to spread the word and let the world know that vaccines can save lives.

  • Amitabh Bachchan, a prominent figure in Indian cinema and a powerful advocate for children, has been a Unicef goodwill ambassador since 2005 

https://www.theguardian.com/global-development/2018/apr/26/amitabh-bachchan-bollywood-india-polio-free-deadly-diseases-life-saving-vaccines

 

Illuminati !

De Philosophie Magazine

„Ils diffusent dans le ciel sous forme de traînées d’avion – en anglais chemtrails – des gaz qui manipulent notre comportement et nous incitent à acheter du Coca-Cola. Ils ont éliminé Kennedy, John Lennon et bien d’autres, et, en 2015, ils ont poussé ce pauvre Zayn Malik à la porte du groupe pop One Direction. Ils ont mis en scène les « attentats » de Boston et de Charlie Hebdo. Ils sont bien entendu derrière les attaques du 11 septembre 2001, que seuls les naïfs pourraient attribuer à Al-Qaida – une poignée de Bédouins sous-armés cachés dans des grottes d’Asie Centrale –, précipitant ainsi une « guerre de civilisation » qui sert leurs desseins. Bien avant, ils étaient déjà à la manœuvre lors de la guerre du Vietnam, de la montée du nazisme ou de la Révolution française. Leur capacité de nuisance n’a d’égal que leur pouvoir de dissimulation, et cette performance est d’autant plus admirable que, en sus de ces pouvoirs occultes, ils n’existent pas.

Si vous avez plus de 25 ans ou si vous n’êtes pas adepte de jeux vidéo, de forums Internet ou de Dan Brown, peut-être ne les aurez-vous pas reconnus : « ils », ce sont les Illuminati. On ne compte plus les adolescents qui croient dur comme fer que cette société secrète bavaroise, fondée à une époque où ce genre d’entreprise collective au service du progrès des consciences était monnaie courante, continue d’exister pour gouverner l’histoire mondiale.

« On ne compte plus les adolescents qui croient que cette société secrète continue d’exister pour gouverner l’histoire mondiale »

Les Illuminati constituent une figure fascinante des théories du complot : ils résument en effet la plupart des conspirations usuelles – l’assassinat de Kennedy, « l’alunissage n’a jamais eu lieu », le 11-Septembre vu comme un inside job, les chemtrails… –, et chaque nouveau drame leur est invariablement attribué ; ils sont comme une « superthéorie du complot » qui viendrait toutes les synthétiser. Ils figureraient l’archétype des conspirateurs : leur toute-puissance est à la mesure de leur opacité. Le complot apparaît ici comme pur de tout préjugé : tandis que les conspirationnistes usuels cachent plus ou moins mal des motivations antisémites ou racistes – le complot judéo-bolchévique des années 1930, les complots maçonniques, l’attribution du 11-Septembre à la CIA, etc. –, on ne saurait réduire le complot illuminati à une affaire d’antisémitisme ou d’antiaméricanisme, puisque, justement, les Illuminati n’existent pas. En tant que forme pure de théorie du complot, la légende des Illuminati permet de comprendre ces étranges récits alternatifs dont la présence dans le débat public – avant tout sur Internet – sème le doute sur les faits annoncés par les médias et alimente la méfiance à l’égard des institutions démocratiques.

Pourquoi reviennent-ils ?

La brève histoire des Illuminati commence en 1776, lorsque Adam Weishaupt, professeur de théologie à Ingol­stadt, en Bavière, fonde une société secrète, afin de promouvoir les Lumières en Allemagne. Cette assemblée vise à diffuser des idéaux de rationalité et de savoir, promeut un enseignement libéré de la tutelle religieuse et se développe rapidement jusqu’en Suisse ou en Autriche, tout en entretenant des connexions avec la franc-maçonnerie locale. Son histoire se termine en 1784, lorsque le prince-électeur de Bavière donne l’ordre de dissoudre cette organisation. Mais, comme l’analyse Nicolas Chevassus-au-Louis dans  Théories du complot (First, 2014), l’histoire posthume, plus intéressante, commence avec deux ouvrages, écrits en réaction à la Révolution française : les Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme, de l’abbé Augustin Barruel, publié à Hambourg en 1798-99, et Les Preuves d’une conspiration, de John Robison, publié à Édimbourg en 1797. Ces livres ont suscité deux courants de spéculations sur les méfaits des Illuminati, l’un dans les pays anglo-saxons, l’autre en France. Le contenu de ces théories n’a guère changé : la liste des crimes et des exploits des Illuminati s’est juste allongée.

Barruel, principal rédacteur du Journal ecclésiastique, est un abbé au conservatisme exacerbé par la Révolution : critique de l’instauration du divorce ou des lois sur le clergé, il devient royaliste et, condamné, fuit la France pour Londres en 1792. Là, il rédige un livre qui propose une explication des événements révolutionnaires intégrant de nombreux éléments : l’influence néfaste des « philosophes », les agissements des francs-maçons et – ce qui constitue l’originalité de ses écrits  – les Illuminati. Curieusement, il attribue la paternité de cette société à Emanuel Swedenborg – inoffensif mystique suédois qui consignait par écrit ses voyages fréquents au Paradis et à qui Kant consacra un opuscule réfutant ses rêveries – autant qu’à Weishaupt. Mais, surtout, il soutient que les Illuminati existent toujours et tirent les ficelles de la franc-maçonnerie, déjà bien impliquée dans l’organisation secrète de la Révolution. Le projet illuminati ne serait rien moins que la destruction de tout ordre et de toute religion : « ceux-ci conspirèrent non plus seulement contre le christianisme, mais contre toute religion quelconque, […] non plus seulement contre les rois, mais contre tout gouvernement, contre toute société civile […] ». Les grandes lignes du complot illuminati sont posées, elles ne dévieront pas. Et lorsque Jean-Joseph Mounier, dans De l’influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la Révolution de France (1801), offre une réponse argumentée à ses divagations, Barruel fournira la réplique classique des partisans de sa théorie : Mounier est lui-même un agent des Illuminati et n’est donc pas crédible.

Aujourd’hui, les Illuminati se cachent toujours, mais ils ont des symboles secrets par lesquels ils se reconnaissent et parfois signent leurs actions. Compas, œil au sein de la pyramide, nombre 666, salut avec le poing fermé et deux doigts tendus, chouette… Déchiffrer ces signes permet de traquer leurs manigances à travers l’Histoire, et les sites, blogs et forums à ce sujet sont innombrables, tout comme les vidéos sur YouTube – l’une de celles-ci a été vue plus d’un milliard de fois : elle explique les plans illuminati pour tuer une bonne partie de l’humanité via un tsunami sur New York en 2015.

Les Illuminati feraient partie de Skull and Bones, fraternité d’étudiants issus des plus prestigieuses universités américaines, qui a effectivement compté nombre de présidents des États-Unis ou de prix Nobel parmi ses anciens membres. Ils se réunissent au Bohemian Grove, authentique club californien très sélect où, selon le site Syti.net, des « sacrifices humains ainsi que des rites à caractère sexuel auraient lieu ». Certains sites s’aventurent parfois à nommer les membres de la confrérie : il s’agit de treize familles, incluant notamment les Bush et les Kennedy. Des stars de la chanson, Rihanna ou Jay-Z, sont suspectées d’en être, sur la base d’herméneutiques pittoresques de leurs clips. Dans le folklore illuminati, on notera que ces familles correspondent aussi au groupe Bilderberg – un club d’entrepreneurs qui se réunit chaque année et publie un rapport technique et ennuyeux –  ce serait une secte de financiers régnant sans partage sur le monde.

Croire que les Illuminati existent encore et leur attribuer la responsabilité des faits majeurs de l’histoire a commencé avec Barruel et Robison, puis connu un regain au XXe siècle à l’époque de la diffusion des grandes théories conspirationnistes concomitantes au développement du fascisme et du communisme. Mais, vers les années 1990, on note un net accroissement du phénomène. Ceci s’explique tant par la première guerre du Golfe, en 1991, qui, deux ans après la fin de l’empire soviétique, est l’occasion pour Bush père d’annoncer la formation d’un « nouvel ordre mondial » ; que par l’arrivée d’Internet, média sans filtre où quiconque soutient une théorie aussi délirante soit-elle peut la publier et attirer l’attention sur elle (« Illuminati » y représente 39 millions d’occurrences Google contre 37 millions pour « Sarkozy » et 23 pour « François Hollande »…) ; ou par la diffusion de l’imagerie illuminati dans les réseaux de la contre-culture et dans la communauté afro-américaine via la musique rap.

En effet, le hip-hop a recyclé, par l’intermédiaire de la technique du sample, des films et des chansons populaires, qui contenaient de nombreux thèmes relatifs au complot, à la CIA… et aux Illuminati. En 1996, le groupe Poor Righteous Teachers sortait un album intitulé New World Order, qui connectait la thématique illuminati aux grandes questions politiques du moment ; et il existe des milliers de sites Web consacrés au décryptage des symboles maçonniques ou illuminati dans les clips de rap.

« Comment pareilles théories extravagantes peuvent-elles être soutenues par des artistes intelligents, créatifs, sensibles? »

Comment pareilles théories extravagantes peuvent-elles être soutenues par des artistes intelligents, créatifs, sensibles ? L’histoire récente des États-Unis n’y est pas pour rien, marquée par l’assassinat des Kennedy, B.A.BA de tout conspirationniste. Il est clair qu’abondent là-bas de vraies conspirations, c’est-à-dire des activités menées en secret par des groupes clandestins pour des motifs inavouables au détriment de certains individus ou collectivités. Certaines, comme l’opération MK Ultra qui impliquait des interventions psychiatriques sur des cobayes involontaires et un réseau de maisons closes, ont été déclassifiées dans les années 1970. De fait, la remise au goût du jour des Illuminati par les rappeurs du Wu-Tang Klan ou de Mobb Depp semble s’inscrire dans une tendance conspirationniste de longue durée outre-Atlantique. En 1964, l’historien Richard Hofstadter écrivait dans Harper’s Magazine un article lumineux intitulé « The paranoid style in American politics » – repris en français dans Le Style paranoïaque. Théories du complot et droite radicale en Amérique (François Bourin Éditeur, 2012). Il y soulignait la récurrence de visions conspirationnistes américaines, en indiquant que cette manière de penser partage quelques points avec la paranoïa : certitude d’être victime d’une persécution, caractère tout-puissant et insaisissable du persécuteur, nature essentiellement trompeuse des apparences. Il montrait aussi que l’amour des complots n’est pas l’apanage de l’extrême gauche, des obsédés de la CIA ou des anti-OGM : l’une des premières manifestations conspirationnistes d’envergure aux États-Unis fut le maccarthysme, motivé par une obsession paranoïaque du complot communiste.

Reste qu’une meilleure information, qui balaierait les divagations sur les Bilderberg et le Bohemian Grove, ne dissipe jamais la croyance dans les Illuminati. Cette surdité des illuminatistes ne peut qu’intriguer. Devant l’explosion des forums et sites conspirationnistes de tout poil, de nombreux psychologues ou sociologues se sont demandé depuis les années 2000 qui croit aux théories du complot, et pourquoi celles-ci se diffusent aussi facilement dans l’espace public. Sur la base d’un questionnaire (pensez-vous que « beaucoup de célébrités, de politiciens et de gens riches sont membres d’une société secrète qui contrôle nos vies » ? ou que « des expériences avec de nouveaux médicaments ont été réalisées sur le grand public à son insu et sans consentement » ?, etc.), puis d’une analyse statistique, ils ont défini une échelle des croyances conspirationnistes. Le seul résultat fermement corroboré est une sorte de solidarité entre théories du complot : le meilleur prédicteur pour dire que quelqu’un va croire, par exemple, aux Illuminati est qu’il croit déjà à une autre théorie du complot. Cette contiguïté entre théories du complot a incité les chercheurs à parler d’une « vision conspirationniste du monde ». De plus l’anomie, c’est-à-dire le sentiment d’être aux marges de la société, et le mistrust, le manque de confiance envers autrui ou la société, annoncent aussi une plus grande porosité aux théories du complot, tandis que les traits de personnalité tels que la schizotypie ou la paranoïa n’influent que faiblement sur la disposition aux théories du complot. Enfin, la vision conspirationniste partage avec les extrêmes politiques une répugnance pour tout ce qui représente le « système » ; c’est pourquoi ils se renforcent l’un l’autre. Voilà pour les maigres choses que l’on sait sur la distribution sociale et psychologique du conspirationnisme : soit aucun profil type ! Ce qui correspond au fond à l’expérience ordinaire : qui n’a jamais entendu un proche, par ailleurs parfaitement équilibré, déclarer avec assurance qu’on n’avait jamais marché sur la Lune ?

Socialement, plusieurs processus simples sous-tendent la contagion d’une théorie du complot. Ils concernent tous le fait que les conspirationnistes ont tendance à s’agréger en petites sociétés closes : ils s’échangent des vidéos sur YouTube qui se citent les unes les autres, vont sur la myriade de sites dédiés à leur théorie du complot préférée, lisent des publications nourries de ces consultations, etc. À partir de là, ils ont aussi un pouvoir d’argumentation plus nourri que celui des non-croyants, puisqu’ils y dépensent une énergie conséquente. Or, échanger des idées avec des individus de même sensibilité idéologique ou politique accentue les oppositions entre familles d’idées, ce qui renforce la croyance d’individus au départ juste un peu curieux. Et ces mêmes personnes, qui trouveraient initialement farfelus les discours sur les Illuminati, les prendront davantage au sérieux s’ils voient qu’ils sont tenus par beaucoup d’autres, et parfois par des personnes réputées – tels des historiens ou d’anciens dirigeants de services secrets.

« Les recherches en psychologie ont montré que le cerveau est la proie de nombreux “biais cognitifs”,nous poussant à déformer de façon systématique la réalité dans un certain sens »

Depuis une quarantaine d’années, les recherches en psychologie ont montré que le cerveau est la proie de nombreux « biais cognitifs », sans doute hérités de la préhistoire des hominidés, nous poussant à déformer de façon systématique la réalité dans un certain sens. Avant tout, le « biais de confirmation » désigne la tendance que nous avons à choisir dans un ensemble d’informations celles qui soutiennent nos croyances antérieures (les gens de droite lisent des journaux de droite, etc.). Ce biais explique que celui qui commence à sympathiser avec des croyances aux Illuminati s’enfermera très vite dans le monde des vidéos et sites pro-Illuminati, ce qui renforcera sa croyance en retour. D’autres biais concernent, eux, la manière dont nous nous représentons la causalité. En premier lieu, on favorisera les explications intentionnelles – expliquer en invoquant des actions volontaires de certains individus  –, tendance qu’on a prouvée être spécialement forte chez les sujets adhérant à une vision du monde conspirationniste. Le raisonnement conspirationniste use en effet d’une procédure très simple pour identifier partout une intention à l’œuvre : il recherche « à qui profite le crime ». Une fois ce bénéficiaire identifié – ce qui est toujours possible, puisque tout événement affecte différemment, en bien ou en mal, les individus et les groupes –, il en déduit que cette conséquence était le but recherché, donc que l’événement à analyser résulte de l’intention de ces bénéficiaires.

Enfin, nous cherchons plutôt des « grosses » causes pour les événements « importants » : que les morts de personnalités aussi importantes que John Fitzgerald Kennedy, Marilyn Monroe ou Lady Di soient dues à des ruminations d’obscurs individus détraqués, à un suicide ou à un banal accident, voilà qui contrevient à cette règle d’équivalence et peut pousser certains à chercher des « vraies » causes, commensurables aux événements en question : une conspiration de la CIA, du FBI ou du MI6, par exemple.

Clairement, la vision conspirationniste du monde vise à éliminer le hasard : les détails qui ne se relient pas causalement avec le fil directeur de la version officielle d’une histoire y deviennent des marqueurs significatifs de la conspiration. Il n’y a que dans les romans que, précisément, rien de ce qui arrive n’est là par hasard – puisque tout contribue à la signification du roman. Sauf que le roman, à la différence de la vie réelle, résulte de l’intention d’un auteur. Comme le philosophe Brian Keeley le soulignait, le conspirationniste semble l’un des derniers aspirants à un monde ordonné et porteur d’un dessein – rêve qui échoit à celui qui refuse la conception moderne et scientifique d’un monde où les événements sont massivement le fait de rencontres aléatoires entre projets plus ou moins mal réalisés.

Démonter une théorie du complot ?

Reste la question philosophique : pourquoi ne devrait-on pas croire aux théories du complot ? Au fond, pourquoi est-il tout simplement faux que les Illuminati dirigent le monde ? Comme pour de nombreux problèmes philosophiques, si nous avons l’intuition que l’attribution du 11-Septembre et de la mort de Diana au Mossad est, à chaque fois, une élucubration irrationnelle, lorsqu’on est confronté à ceux qui argumentent en faveur de ces visions, il est difficile d’expliciter le principe général en vertu duquel tout cela est irrationnel. Si les Illuminati posent une vraie question philosophique, c’est précisément celle-là.

Après tout, le 11-Septembre lui-même est bien le fruit d’une conspiration : celle des terroristes d’Al-Qaida. Le « conspirationniste » défend simplement l’idée que les conspirateurs ne sont pas ceux que l’on croit. Autrement dit, on ne doit pas estimer fausse par principe une théorie du complot.

Dans son étude récente et très fouillée, le journaliste britannique David Aaronovitch définit ainsi une théorie du complot : « La supposition non nécessaire d’une conspiration là où d’autres explications sont plus probables. » En ce sens, les Illuminati constituent bien une théorie du complot : pour expliquer l’émergence du sida, on n’a pas besoin d’avoir recours à ces acteurs imaginaires dont l’existence est loin d’être avérée. Qu’elle soit « non nécessaire » est donc indispensable pour définir une théorie conspirationniste du complot. Mais, précisément, notre illuminatiste jugera, lui, que le recours à des intentions masquées est vraiment nécessaire pour expliquer les événements ! Dès lors, le point de litige entre la vision conspirationniste et son contraire est la manière d’entendre cette nécessité de recourir à des agents occultes. Y a-t-il des critères rationnels pour décider à quel moment l’hypothèse d’une conspiration devient nécessaire ?

De fait, le scénario des Illuminati repose sur quelques vérités : certains humains ont évidemment une plus grande capacité d’affecter les événements de l’histoire humaine – ce sont en général des riches et des puissants – et, parfois, ils s’entendent pour agir en secret, puisque si leur action était publique elle ne pourrait aboutir (pensons aux délits d’initiés en Bourse). Mais, très souvent aussi, leurs intérêts sont divergents ; et puis, pas besoin de recourir à des intentions pour expliquer que les actions des financiers ou des politiques ont des effets sur la vie des peuples : la structure de l’économie y suffit ! Enfin, les résultats des actes diffèrent de l’intention de départ, pour les puissants comme pour les gens ordinaires. L’idée d’une manigance secrète et infaillible d’un groupe de dominants à la manœuvre depuis des siècles n’est pas du tout nécessaire pour expliquer ce qu’on veut expliquer ; or c’est cela qui caractérise exactement la théorie des Illuminati.

« Sentir que certains ont plus d’influence que tous sur les affaires du monde induit en chacun une disposition aux théories du complot »

Les théories du complot semblent donc saisir quelque chose de vrai concernant les relations de pouvoir dans les sociétés. Le sentiment que certains ont plus d’influence que tous sur les affaires du monde et que des opérations ou des intérêts nous sont cachés est unanimement partagé ; il induit en chacun d’entre nous une sorte de disposition aux théories du complot. Dans les années 1960, Bob Dylan chantait Only a Pawn in their Game (« Juste un pion dans leur jeu »), dont les paroles illustrent ce sentiment que certains acteurs agissent à notre insu sur les événements sociaux majeurs et la destinée des hommes. C’est là un thème classique du cinéma populaire aussi bien que de la littérature d’avant-garde. Les Illuminati ressembleraient un peu à un passage à la limite d’une bonne partie de la culture récente (américaine) : films comme la trilogie Jason Bourne ou Ghostwriter, livres de romanciers majeurs, tels Thomas Pynchon ou Don DeLillo…

À partir de là, de nombreux auteurs comme Hofstadter ou récemment Frédéric Lordon (« Le symptôme de dépossession », Le Monde diplomatique, juin 2015) reconnaissent que les théories du complot enveloppent une perception faussée de la réalité sociale. Si, à La Nouvelle-Orléans, après le passage de l’ouragan Katrina, s’est répandue la croyance que le pouvoir, manipulé par des Illuminati, avait délibérément laissé s’écrouler une digue destinée à protéger la population noire, c’est que cette population comprend de manière confuse que, depuis la fondation du pays, l’oppression des Noirs par les Blancs détermine une bonne part de ce qui leur arrive. Ultimement, c’est une telle conscience qui a ressuscité le thème des Illuminati dans le rap américain et l’a popularisé jusque chez l’adolescent européen moyen.

Aussi peut-on voir la fable des Illuminati, à l’égal d’autres lubies conspirationnistes, comme une perception faussée de la réalité sociale, non dépourvue d’une certaine créativité et indéniablement amusante ; même si, à l’inverse, on doit aussi y voir une réalisation exemplaire de la cognition humaine lorsqu’elle marche de travers, selon tous les biais psychologiques et les mécanismes sociaux qu’on a décrits. Mais en quoi, précisément, marche-t-elle de travers ? Pour répondre, tâchons de ressaisir l’épistémologie conspirationniste, soit les modalités de recherche de connaissance et d’évaluation des données et des preuves propres à une telle vision du monde.

« Si je devais me méfier de tout, je ne pourrais me fier à aucune de mes croyances »

Elle se caractérise déjà par une singulière inversion : des éléments apparemment anodins ou aléatoires, tels que la date de la Coupe du monde de football en France en 1998 (lointain anagramme d’un nombre fétiche illuminati, 666), acquièrent un poids majeur dans l’argumentation, alors qu’on n’attribuera qu’un intérêt limité aux faits robustes justifiant pour la plupart des gens la version dite officielle. Elle cultive le doute envers tout récit ou théorie admis –  le partisan des Illuminati balaie volontiers le contenu des manuels d’histoire. Mais si le doute est certes un moment obligé de toute recherche scientifique, un tel doute n’est jamais total : le biologiste expérimental ne doute pas qu’il existe des êtres vivants… Le doute extrême, dit « hyperbolique », n’a pas sa place dans la science. Or c’est celui qu’exercent les conspirationnistes. Pareil doute repose sur deux choses qui en font un doute déraisonnable : la quête des éventuelles incohérences dans le discours dit « officiel » sur un événement ; la méfiance systématique envers tout discours « officiel » (médias, rapports gouvernementaux et souvent institutions scientifiques).

Le premier aspect repose sur une erreur : le postulat que toutes les données propres à un phénomène que l’on reconstitue devraient être absolument cohérentes. Or, si la cohérence est jusqu’à un certain point un réquisit de toute explication raisonnable, cela n’exige pas une cohérence absolue entre toutes les données. Ainsi, dans les sciences, le meilleur modèle de la trajectoire d’un système dont on connaît un grand ensemble de positions laissera forcément de côté certaines de celles-ci : chacun connaît ces courbes modélisant un nuage de points dont certains se retrouvent plus ou moins loin de ladite courbe. Il s’agit là, comme disent les informaticiens, du « bruit » intrinsèque à tout ensemble de signaux ou d‘information. D’ailleurs, essayez de raconter votre journée d’hier à trois personnes différentes – un grand classique de l’interrogatoire de police –, évidemment certains détails changeront d’une version à l’autre (la robe de Simone était rouge, puis jaune, etc.), de sorte qu’un conspirationniste pourrait en déduire que votre journée d’hier n’a pas existé, alors qu’il s’agit simplement là du « bruit » inhérent à tout récit.

Le second point part de l’affirmation de principe que les comptes rendus publics d’un événement sont délibérément faussés. Un tel doute apparaît naturel dans la vision conspirationniste, car les auteurs secrets d’un événement s’ingénieront à le cacher, donc à en donner des fausses versions. En quoi ce refus de tout discours « officiel », motivé par l’idée même qu’il y a eu conspiration, est-il déraisonnable ? Parce que, au fond, il contredit l’idée même d’expertise et de confiance dans les experts, laquelle contribue implicitement à fonder notre possibilité même de tenir pour vraies certaines croyances. La plus grande partie de notre savoir repose sur ce qu’ont établi d’autres, des experts au sens le plus large : je n’ai aucune idée de comment marche mon ordinateur, donc je me fie à ce que pensent les informaticiens qui en ont conçu le mode d’emploi ; je ne connais rien à la mécanique, donc mon rapport à ma voiture repose sur les mécaniciens et les ingénieurs qui l’ont construite, etc. Soulignons toutefois qu’un expert sur un sujet X est forcément un ignorant sur tout le reste. C’est pourquoi il y a escroquerie intellectuelle à renvoyer à des biochimistes pour contrecarrer l’évolution darwinienne, ou bien à des experts en paléontologie pour discourir sur le 11-Septembre – ceci étant la stratégie favorite des conspirationnistes, lesquels jouent constamment leurs experts contre les experts.

Émettre un doute de principe envers l’expertise s’avère irrationnel, parce que celui-ci contredit l’une des bases de la formation et de la justification du savoir : si je peux douter de certains experts, c’est que j’ai précisément confiance dans d’autres, venus d’autres disciplines, qui ont construit un certain savoir sur lequel reposent mes croyances. Si je devais accepter la méfiance systématique envers les journaux, chercheurs, médias, qu’adviendrait-il ? Je ne pourrais au fond me fier à aucune de mes croyances : les médicaments peuvent être des poisons, les journaux sont des romans… Le coût, en terme de possibilité de connaître quoi que ce soit du monde et d’y adapter mes actions, deviendrait extrêmement élevé !

« Si l’homme n’a jamais marché sur la Lune, quelle quantité de mensonges aura-t-elle été requise pour maintenir un tel secret? »

Ce coût, qu’on nomme épistémique, est, en comparaison des bénéfices escomptés, totalement excessif pour les théories du complot. Supposons ainsi que l’homme n’ait jamais marché sur la Lune, que l’alunissage ait été en réalité filmé à Hollywood selon le désir de quelques Illuminati : quelle quantité de mensonges, de dissimulation, aura-t-elle été requise pour diffuser et maintenir un tel secret ? Toute la Nasa, l’ensemble du système scientifique américain et mondial dans son ensemble ne seraient qu’une vaste supercherie. Si c’était le cas, alors nous devrions réviser absolument toutes nos croyances sur le monde humain en général, d’où un coût épistémique excessif comparé au poids des quelques raisons avancées par les sceptiques de l’alunissage. En comparaison, les grandes révolutions scientifiques avaient un coût épistémique élevé, mais un bénéfice épistémique et pratique exceptionnel. Ainsi, si la thèse des Illuminati est vraie, alors je dois réviser toute l’histoire humaine, et surtout une bonne partie de la psychologie (la longévité d’un tel secret défie toute ma connaissance de la psychologie humaine !). C’est bien cher payé, alors que, d’un autre côté, les « preuves » de la thèse sont légères en comparaison de ce qui me justifie à croire à l’histoire et à la psychologie humaines ordinaires.

Cette manière irrationnelle de gérer les coûts et les bénéfices de l’enquête éclate au grand jour lorsqu’on considère le vice initial de l’épistémologie conspirationniste, soit : le fait d’inverser fondamentalement les règles de l’enquête. En supposant d’emblée que les témoins et les experts ne sont pas dignes de foi, le conspirationniste a implicitement stipulé que les événements réels nous sont occultés, donc qu’une conspiration est à l’œuvre. La charge de la preuve revient alors à celui qui veut montrer qu’il s’agit d’autre chose que les Illuminati. Ce faisant, le partisan des Illuminati viole une règle logique de base : on peut prouver que quelque chose existe (en l’exhibant), mais on ne peut pas radicalement prouver que quelque chose n’existe pas, sinon en montrant que son idée même est contradictoire (comme un cercle carré). Certes, on peut démontrer que la probabilité de son existence est quasi nulle, ou qu’il n’est pas raisonnable d’y croire (les fantômes, les elfes, etc.), mais comme notre illuminatiste exige des preuves absolues, du même ordre qu’une preuve d’existence, il ne sera jamais convaincu.

Il est au contraire raisonnable de poser comme hypothèse de départ que les faits ne sont pas différents de ce que les sources officielles nous disent ; que certains événements arrivent par hasard, qu’ils sont la collusion d’intentions diverses aux conséquences imprévues. Sur cette base, il est parfois justifié de douter de certains éléments et d’en venir à concevoir une conspiration d’acteurs influents à l’origine d’un drame quelconque : les opérations sous faux drapeau existent, etc. Il y a toutefois une différence cruciale entre (a) partir de l’hypothèse d’événements explicables par le hasard, les intentions explicites des agents et ce que nous savons des lois de la nature, pour parfois, dans certains cas précis, mettre en doute cette explication au vu des données empiriques nouvelles ; et (b) partir de l’hypothèse d’agents conspirateurs pour, ensuite, examiner de manière hypersceptique toute hypothèse alternative qui viendrait mettre cela en doute. C’est ce que fait l’illuminatiste comme, de manière générale, tout conspirationniste, et c’est irrationnel.

Que répondre à un conspirationniste ?

Puisqu’il est dans le doute hyperbolique, le tenant des Illuminati – emblématique ici de la vision conspirationniste du monde – ne se laissera jamais réfuter rationnellement. On peut toutefois souligner à quoi cet Illuminatiste s’engage, au moins épistémiquement, s’il va jusqu’au bout de ses thèses – un peu comme Aristote répliquait à l’opposant du principe de non-contradiction que sa position est certes irréfutable, mais qu’il s’est lui-même soustrait de la communauté de ceux qui parlent réellement.

En premier lieu, si notre interlocuteur pense que la Révolution française comme le sida sont dus aux agissements des Illuminati, alors il doit intégralement réviser toute sa vision de l’histoire, des épidémies, de la psychologie, etc. Ce qui de proche en proche affectera l’ensemble de ce qu’il tient pour vrai… Y est-il prêt ?

En deuxième lieu, la façon dont il se fie à certaines informations (ses amis sur YouTube, etc.) tout en en dénigrant d’autres (Wikipédia ou le New York Times) lui impose, s’il est cohérent, de faire de même dans la vie pratique, et par exemple, de consulter plutôt un sorcier qu’un chirurgien s’il a l’appendicite.

En troisième lieu, s’il maintient sa croyance aux Illuminati, alors il est devant un dilemme. Soit, en s’abstenant de souscrire à ces conséquences, il accepte d’être en contradiction majeure avec lui-même, donc d’être irrationnel, mais alors la rationalité n’est plus une valeur pour lui, si bien qu’on ne voit pas trop au nom de quoi il pourrait se revendiquer du parti de la vérité, du doute méthodique, du scepticisme, de l’indépendance d’esprit, etc., contre tous les « récits officiels ». Soit il n’est pas en contradiction parce qu’il est d’accord pour payer un tel prix ; mais alors cela signifie que certaines de ses croyances – concernant la mainmise de certains sur le monde, le caractère malveillant d’une bonne partie de l’humanité, etc. – lui sont plus chères, au sens propre, que toutes les autres croyances possibles, puisqu’ezlles valent un tel prix. Et peu d’individus seraient enclins à confesser cela.

La dernière option, s’il ne se sent pas concerné par ce dilemme, c’est qu’il ne croit pas vraiment aux Illuminati, que c’est un jeu de l’esprit qui offre des plaisirs similaires à ceux d’Assasin’s Creed ou des romans de Dan Brown. Dans ce cas, il n’y a peut-être pas lieu de se fâcher, ni même de se disputer.

Par PHILIPPE HUNEMAN

Directeur de recherche à l’Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques (CNRS/Paris-1-Sorbonne), il s’intéresse à la biologie évolutive, notamment aux liens entre écologie et évolution, mais également aux théories du complot. Il a participé, entre autres nombreuses publications, à la rédaction des Mondes darwiniens (Syllepse, 2011).

Educate the Heart

“The Earth is our home, and our home is on fire,” the Dalai Lama says. Global warming has become the poster child, but there are eight global systems that support life on our planet, each of which sustains continual damage from daily human activities. The range of ways to help here range from eliminating petroleum-based plastics from our lives and the supply chain, to demanding clean air.

Oppose Injustice.

The very social order creates structural inequities. Working together to eliminate them can create a better future for everyone.

A More Humane Economics.

The growing gap between rich and poor, the Dalai Lama says, seems a “moral crime.” This gap has been at play, for instance, in the debate about health insurance – on many other countries health care is a universal right, not just for those who can pay. A humane economics means finding avenues to lessen the rich-poor gap.

Help those in need.

This one seems a no-brainer. But the ways to enact such help include not just giving direct aid – like a handout to a homeless person – but also helping them help themselves – for example, job training.

Educate the Heart.

The world’s future is in the hands of our children. An education that includes mindfulness and caring will give the young tools to naturally act toward a better society.

Finally, act now, in whatever way you are called to. Otherwise the toxic forces at loose today will define our time. But each of us acting in our own way can together create a stronger force for good.

Daniel Goleman, Ph.D., is the author of Emotional Intelligence and Social Intelligence: The New Science of Human Relationships. Working as a science journalist, Goleman reports on the brain and behavioral sciences for The New York Times.

https://www.lionsroar.com/how-to-be-a-force-for-good/?utm_content=bufferf7e6d&utm_medium=social&utm_source=facebook.com&utm_campaign=buffer

Din „Cartea cometelor”

https://www.brainpickings.org/2017/01/11/kometenbuch-the-comet-book/

For a counterpart from across the precipice between the pre-scientific and scientific worlds, see French artist and astronomer Étienne Léopold Trouvelot’s stunning astronomical drawings created three centuries later at the Harvard Observatory, then let Sagan and Druyan take us out:

Comets may act as the creators, the preservers, and the destroyers of life on Earth. A surviving dinosaur might have reason to mistrust them, but humans might more appropriately consider the comets in a favorable light—as bringers of the stuff of life to Earth, as ocean-builders, as the agency that removed the competition and made possible the success of our mammalian ancestors, as possible future outposts of our species, and as providers of a timely reminder about large explosions and the climate of the Earth.

A comet is also a visitor from the frigid interstellar night that constitutes by far the greatest part of the known universe. And a comet is, further, a great clock, ticking out decades or geological ages once each perihelion passage, reminding us of the beauty and harmony of the Newtonian universe, and of the daunting insignificance of our place in space and time. If, by chance, the period of a bright comet happens to be the same as a human lifetime, we invest it with a more personal significance. It reminds us of our mortality.

Public domain images courtesy of Open Repository Kassel